Colombe

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Anny Duperey et Sara Giraudeau, mère et fille dans le même bateau

09/02/2010 - 18h00
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Anny Duperey et Sara Giraudeau, mère et fille dans le même bateau

La mère et la fille sont pour la première fois réunies sur scène dans Colombe de Jean Anouilh, mise en scène par Michel Fagadau.

Propos recueillis par M-C. Nivière

Anny Duperey, votre personnage, Madame Alexandra, est très Sarah Bernhardt, à l’opposé de votre image…
J’aime beaucoup les personnages excessifs car ils font tout ce que je ne peux pas faire dans la vie. Ma stature, ma taille peuvent servir cette personnalité extravertie. A part Jean-Louis Barrault, peu de metteurs en scène m’ont offert des rôles comme cela. Il y a eu Oscar et la dame rose, mais c’est un peu à part car j’incarnais un texte. On m’a proposé des pièces, mais elles étaient dans le naturalisme, pas très Théâtre. Or j’attendais quelque chose d’un peu plus grand que la vie. Et là, je suis gâtée, heureuse !

Sara Giraudeau, comme Julien et Armand, les deux fils de Madame Alexandra, vous avez traîné dans les coulisses…
Je les fréquente depuis que je suis toute petite. J’étais assez fascinée, mais pas par les comédiens, ni par mes parents. A travers mes yeux d’enfants, ce qu’ils faisaient me paraissait normal. Tout le reste m’impressionnait parce que c’était justement plus que la vie. L’envie d’être comédienne a démarré lentement.
Anny Duperey. C’est vrai que tu as beaucoup fréquenté les coulisses, surtout ici, à la Comédie des Champs-Elysées, lorsque je jouais ce spectacle sur Isadora Duncan. Et pourquoi t’étais là tous les soirs ?
Sara Giraudeau. Parce que j’adorais ce spectacle. C’était haut en couleur, il y avait beaucoup de choses, de la musique, du texte, un univers différent. Je ne m’en lassais pas. Je choisissais de le regarder soit de la salle, soit des coulisses. D’ailleurs, tu me demandais : « Tu vas te mettre où ce soir ? »

Pour une mère, est-ce agréable d’avoir tous les soirs sa fille à ses côtés ?
A.D. C’est vrai que c’est pas mal.
S.G. Ce n’est pas ce que je recherchais…
A.D. Ah bon ?
S.G. Mais j’en suis heureuse.
A.D. Je comprends qu’elle ait eu envie de se dégager de l’image de ses parents. Aujourd’hui, ce n’est pas une mauvaise chose que l’on se retrouve. Elle a fait son chemin. On s’envisage plus comme des partenaires que comme mère-fille.
S.G. La pièce était parfaite pour cela. Et il faut dire qu’on est entouré d’une équipe géniale. On s’entend tous bien. L’ambiance est très familiale, du coup, la mère et la fille se sont fondues dans le groupe.

La pièce évoque l’émancipation de la femme. Par son métier, Madame Alexandra l’est déjà, la jeune Colombe découvre…
A.D. Durant les répétitions, on trouvait chaque jour un nouveau thème tant cette pièce est riche. Un jour, Michel s’est écrié : « C’est une pièce sur l’amour ! »
S.G. On voit le parcours de Colombe et on voit le résultat sur Madame Alexandra. On espère qu’elle ne terminera pas comme ça !
A.D. Ce parcours initiatique passe par un discours qui, aujourd’hui, peut choquer. Si tu veux ta liberté, il faut de l’argent. C’est une pièce sur deux manières possibles d’aborder la vie. L’homme est faible. Il y a ceux qui s’arrangent avec la vie, avancent sans faire trop de mal. Et puis, il y a les purs et durs comme Julien, qui nient la faiblesse humaine. Ceux-là, souvent, finissent par forger quelque chose d’inhumain, comme l’extrémisme.
S.G. Anouilh n’est pas dans le jugement. On comprend l’attitude de Julien. Par son manque de confiance, par tout son passé, il ne pouvait que transformer l’amour en passion. On ne peut pas lui en vouloir.

La pièce est du théâtre dans le théâtre, cela doit être amusant à jouer…
S.G. Comme le dit maman, c’est plus que la vie. C’est génial à jouer mais aussi à regarder.
A.D. Il y a beaucoup de couleurs. Même dans la parodie, c’est sublime !
S.G. Comme nous sommes au théâtre, on peut en faire trop ! Madame Alexandra passe sa vie dans son théâtre, depuis des années. Elle exagère tout et cela autorise tout.
A.D. Pascale Bordet, créatrice des costumes, a été dans notre sens. Ce qu’elle a fait est assez délirant. Maintenant, mon problème est d’arriver à passer une porte avec sur le dos dix-sept mètres de tissus !

Colombe à la Comédie des Champs-Elysées

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