Zingaro Fête Ses 25 Ans !
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Bartabas, l'homme-équestre
Le théâtre Zingaro fête ses 25 ans ! Et célèbre l’événement, du 29 juillet au 7 août, dans le cadre du festival Paris Quartier d’Eté. Nous avons rencontré cet artiste hors normes qui nous a tant enchantés avec son théâtre équestre.
Propos recueillis par M.-C. Nivière
Sous un soleil radieux, j’arrive à Aubervilliers. On m’installe dans le bureau de Bartabas pour regarder son film Galop arrière. Dans un style des plus poétiques, tant par l’image que par les textes d’André Velter et de Victor Segalen, ce sont vingt-cinq ans de créations foisonnantes que je découvre. Je déjeune ensuite avec une partie de l’équipe. Repas concocté par Cathy, qui gère avec gourmandise le restaurant de Zingaro. Bartabas me fait signe de le suivre dans sa roulotte. « On vit ainsi, dans les caravanes, parce que l’on a besoin d’être près des chevaux et que l’on aime bouger, vivre des choses. Je ne viens pas de là, mon père était architecte ! Faire corps avec le travail, c’est notre marque à nous. J’ai la chance de vivre de ce que j’aime faire. »
Galop arrière
Ce qui est troublant dans son film, c’est l’émotion ressentie au fil des images. Je lui demande alors quels rêves d’enfant lui sont passés dans la tête pour qu’il devienne un jour Bartabas. Il rit. « Si je le savais, je ne ferais pas ce que je fais. Je n’ai pas la réponse parce que je n’ai pas cherché. Pour être créatif, il faut garder une certaine naïveté, rester instinctif. » Vingt-cinq ans, c’est un long et beau parcours. « Je ne suis pas très calendrier. J’avance, je ne regarde pas en arrière. Les 25 ans sont un prétexte pour faire un film. Je me suis retrouvé face à une œuvre, comme un peintre regardant ses créations. Sur le coup, je me suis dit qu’on verrait bien ce qu’il en sortirait. Le résultat est un portrait intime, qui m’a surpris moi-même. L’instinct m’a poussé non pas vers un autoportrait, mais vers un voyage poétique à travers mon travail. Il n’y a pas un côté anniversaire. »
Une promenade dans un parcours créatif
Le film a réveillé ma mémoire de spectatrice. Car, en dehors des deux premiers spectacles, j’ai applaudi tous les autres. Et il est impressionnant de se rendre compte à quel point ils dormaient bien au chaud dans ma boîte à souvenirs. « Cela ressort beaucoup chez les gens qui ont vu le film. A travers ces moments choisis, je remarque que mon parti pris est justement ce regard sur le temps. Et cela a fait renaître de l’émotion chez les gens, car ils ont retrouvé l’ambiance, leurs souvenirs… Il y a un vrai chemin, celui du lieu, mais aussi celui des acteurs et des chevaux. Ce film est un vrai voyage dans l’histoire artistique de Zingaro. C’est un spectacle idéal que je ne pourrais pas me payer, où il y aurait une séquence avec les Indiens, les Tibétains… »
L’élaboration d’un spectacle
Un spectacle de Zingaro a quelque chose de magique dans sa conception. « Je pars d’un thème. Je me mets en mode recherche, toujours sur l’intuition, puis, à la fin, je prends en pleine gueule la résonance qui en ressort. Avec Darshan, je ne pensais pas faire quelque chose d’aussi proche de l’enfance. Dans le film, on voit que les voyages sont la véritable source d’inspiration. Les thèmes sont souvent des prétextes, ce qui est central, c’est la relation qui unit l’homme et le cheval. Ce que j’ai dans la tête passe par le filtre de la compagnie. Et même du cheval ! Vous vous rappelez de ce que mon Frison faisait dans Eclipse ? De s’asseoir et de me regarder, eh bien, c’est lui qui l’a trouvé. Après une séance de travail, je l’ai lâché dans le manège. Il s’est assis après s’être roulé à terre. Pendant quinze ans, je l’ai fait rouler après les spectacles. Ce jour-là, il s’est dit : cela va lui faire plaisir ! »
Le cheval artiste
Chez Zingaro, le cheval est un acteur à part entière. « C’est le sens même de notre travail. La différence avec un humain, c’est que le cheval n’a pas choisi. Il ne s’est pas dit : tiens, je vais entrer chez Zingaro. Avec le cheval, c’est un long processus. On ne lui impose pas quelque chose, on lui propose. Un directeur d’acteurs ou un chorégraphe fait la même chose avec les artistes. Les chevaux sont des partenaires, mais jusqu’à quel point ? Il faut les respecter et en faire des professionnels. C’est toi qui es à leur service. Tu te lèves à six heures du matin, tu t’inquiètes pour eux… Il faut s’en occuper. C’est donnant-donnant. Il y a un rapport de travail comme avec les gens. Ma responsabilité, c’est de donner du plaisir aux chevaux. C’est de l’ordre du subtil. »
Darshan
A la rentrée, il reprend ce superbe spectacle, qui montre combien ce que réalise Bartabas est un art. « C’est le travail le plus personnel. Je ne me suis pas camouflé derrière une culture. C’est aussi une lecture plus audacieuse. Le spectateur se retrouve dans une position inhabituelle puisqu’il est placé au centre de la création. C’est de l’ordre de l’expérience pour lui. C’est la première fois que l’on créait spectacle sur place un. Au début, c’était un peu fragile, maintenant c’est bien. C’est un spectacle très technique, qui, depuis décembre, a beaucoup bougé. Le public nous a dit avoir retrouvé l’émotion des premières fois. C’est du théâtre d’ombres avec des chevaux. C’est moins sur l’exploit, mais cela touche à des choses très intimes. »
La fête
Bartabas a imaginé des soirées conviviales autour du film et d’un concert du Rétif, le groupe de Paulus, ancien compagnon de route qui se trouve être aussi un ex-Négresses Vertes. L’idée de partager cela avec le public le met en joie. « Projeter le film ici, dans le théâtre, va être marrant. Se retrouver dans « le lieu du crime », c’est poignant. La salle va être transformée en cinéma, avec quatre écrans. Si cela marche, j’aimerais poursuivre les séances les jours de relâche. La projection sera suivie du concert dans la salle du restaurant. Il y aura peut-être des surprises. C’est la première fois que nous sommes ouverts en été. Les gens vont donc découvrir cet endroit avec les beaux jours. Ils ne le connaissent que l’hiver. C’est déjà beau l’hiver avec le resto, le grand feu de bois après le spectacle, mais l’été c’est encore mieux ! »
Galop arrière au Fort d'Aubervilliers
Renseignements : www.quartierdete.com
01.44.94.98.00.
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