Boliloc
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Boliloc : Christian Hecq dans les rêves de Philippe Genty
Nous avons découvert cet acteur belge, immense par sa puissance comique, la première fois à la télévision dans « Crimes en série » où il interprétait un médecin légiste déjanté, puis au théâtre dans « La main passe » de Feydeau mis en scène par Gildas Bourdet, puis dans « Boulevard du boulevard » de Daniel Mesguich, « Musée Haut Musée Bas » de Jean-Michel Ribes. Il est génial dans « Boliloc », la nouvelle production de Philippe Genty.
Par Marie-Céline Nivière
Vous êtes un comédien autant à l’aise avec le langage structuré du verbe qu’avec celui du corps, ce dernier étant même très bavard chez vous. Quel a été votre parcours ?
Mon parcours ! D’abord, je ne voulais pas faire du théâtre mais de la physique, que j’ai étudiée à la faculté de Mons. Puis en milieu de parcours, je suis entré à l’I.N.S.A.S (Institut national supérieur des arts du spectacle), d’où sont issus des artistes comme Poelvoorde.
Qu’est-ce qui vous a fait changer de route ?
Ma mère ! Contrairement à tout le monde, dont les parents ne veulent pas qu’ils fassent le métier, moi c’est ma maman qui m’a poussé à entrer dans cette grande école. Je lui dois une fière chandelle. Je suis entré à l’I.N.S.A.S. avec un grand degré d’inculture. Ce qui m’intéressait, c’était le mouvement. Je n’avais pas lu de pièce de théâtre, en dehors de deux trois Molière obligatoires, sûrement « Antigone » d’Anouilh. Pour moi le verbe, la parole étaient secondaires, tout passait par le corps. Quand à savoir pourquoi ! J’ai dû être inspiré par le burlesque, la bd, la culture d’images qui est de ma génération. Ce qui m’intéresse lorsque je travaille un personnage, c’est de trouver comment il se tient, avant de voir comment il parle.
Votre rencontre avec l’univers de Philippe Genty, dont les spectacles sont essentiellement visuels, semblait inévitable. Comment s’est-elle passée ?
Je me suis inscrit à un stage qu’il donnait à la Cartoucherie, aux ateliers de Carolyn Carlson. J’ai été retenu. Se retrouver en collant noir, en étant de plus loin le plus âgé, tu te dis à ce moment-là : hou la la ! Etait-ce une bonne idée ? Avec le travail de Genty, le mouvement a de l’importance, mais le jeu reste le roi quand même. Philippe Genty prend un malin plaisir à faire jouer des danseurs et danser des acteurs.
Avec « Boliloc », on retrouve l’univers de Philippe Genty, celui de, « Voyageurs immobiles », « Passagers clandestins », plus proche du théâtre que de la danse.
Après notre rencontre, je pense que le but de Philippe était de se servir de moi pour revenir à la comédie, pour changer de direction.
Avec Genty, c’est aller se promener dans un monde féerique qui demande un sacré travail ?
Le féerique est la spécialité de Philippe Genty. C’est le maître du rêve. Il a le pouvoir de transposer son imaginaire et ses rêves sur le plateau. Il n’y a rien au départ, pas de texte, que des images qu’il a dans sa tête. Il propose une image, une situation, et à force d’improvisation, on nourrit cette image. Nous sommes partis du personnage, Alice, avec des cauchemars qui reviennent toujours, comme la maison qui brûle.
Cela se déroule de quelle manière, une création avec Philippe Genty ?
C’est monstrueux ! En tout cas, il y a un luxe que l’on ne trouve plus, le temps. On a répété six mois. C’est rare, en dehors du théâtre du Soleil, ils sont peu à se donner ce moyen-là formidable. Ce qui permet à la technique de pouvoir travailler en même temps que nous. Tout avance en même temps. Si avec mes partenaires, Scott Kochler et Alice Osborne, on a trouvé quelque chose que l’on décide de garder, la technique prend tout de suite la relève. On peut construire des boîtes toutes l’après-midi, voir si cela marche. Tout le monde avance sur la même ligne, lumières, décors, objets, même la musique. Il y a une inertie. Si on se trompe, tout le monde recul d’un pas. Alors qu’au théâtre, c’est d’abord le texte, puis ensuite les costumes, puis le décor et enfin la lumière. Philippe propose une succession d’images, ensuite notre travail à tous est de lier la scène A avec la scène B, et souvent le lien prend plus d’importance.
Cela se voit sur scène, donc vous ne direz pas le contraire, mais vous êtes heureux de cette aventure qui va vous mener loin ?
Oui, mais cela n’a pas été le cas tout de suite. Il a fallu du temps pour digérer la technique. La fleur s’ouvre très tard. Pendant un moment on est sur la corde raide. Quand le corps a assimilé les automatismes, alors le plaisir vient. Et quel plaisir ! Cela donne même un second souffle d’idée. Le spectacle bouge tout le temps. J’ai connu ça avec Benno Besson. Philippe peut changer en cours de route le spectacle. On a profité des villes où l’on restait plus longtemps pour répéter et améliorer des choses. On va tourner dans le monde entier pendant un an, il y a déjà Moscou, Saint-Pétersbourg, un mois en Israël, Tokyo et plein d’autres villes viendront. Philippe Genty est connu dans le monde entier. Son univers fait que ses spectacles sont universels : en âges, en cultures, en classes sociales. « Boliloc » fait un carton auprès des ados. C’est pour tous : de 9 à 99 ans.
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