Sacha Le Magnifique !

Sacha Le Magnifique !

Francis Huster, le magnifique

22/06/2010 - 17h43
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Francis Huster, le magnifique

Avec Sacha le magnifique, le comédien met en lumière Guitry, souhaitant ainsi dépoussiérer l’habit bourgeois dont on le revêt trop souvent et faire (re)découvrir qui était l’homme.

Propos recueillis par M-Céline Nivière

Sacha le magnifique
J’ai imaginé ce que Guitry aurait fait aujourd’hui. J’ai choisi de faire une causerie qui le raconterait. Une sorte de « Si Sacha m’était conté » par lui-même. Ces fameuses causeries ont inspiré ce que feront plus tard Pierre Dac et Francis Blanche. Il en a fait une quarantaine, dont la plus célèbre était sur l’art birman, un chef-d’œuvre de loufoquerie. Il a écrit cent vingt-cinq pièces, neuf cents articles, quarante et un ouvrages, tourné soixante-quinze films, réalisé deux cent soixante-huit émissions de radio, sculpté trois bustes et peint une vingtaine de tableaux. C’était un géant aux pieds d’argile. Toute sa vie fut une mystification comme celle de Gainsbourg.

Guitry raconté à la jeune génération
Une jeune fille de La Courneuve me prend à partie : « Ça va Huster, t’es pas Guitry ! Et puis Guitry ce n’est pas notre monde, c’est celui des Murat, des Arditi… Ce n’est pas pour nous ! » Et c’est à elle que je raconte qui était Guitry. Je fais exploser l’image de Sacha. Je vais évoquer sa vie, ce qu’il a fait durant les deux guerres, mais aussi l’affrontement de Guitry avec lui-même, avec son œuvre, avec les femmes. Je tente de prouver à cette jeune fille, jouée par Lisa Masker, que si Yvonne Printemps arrivait aujourd’hui, elle serait comme elle, car issue d’un milieu ouvrier de banlieue dont elle avait gardé la gouaille. Il y a aussi Elio Di Tanna, un pianiste virtuose qui joue du Poulenc, du Tchaïkovski. Car la musique tenait une place importante dans la vie de Guitry. Donc, sur scène, nous sommes un trio qui n’est pas la femme, le mari et l’amant !

Quoi de neuf ? Guitry
Bientôt l’œuvre de Guitry passera dans le domaine public et il va pouvoir monter les marches du service public et être totalement réinventé. Comme Roussillon et Planchon l’ont fait avec Molière, Chéreau avec Marivaux. Pour moi, Guitry, Pagnol, Anouilh, Giraudoux, ce quatuor incomparable, montrent l’étoffe de la France du XXe siècle, comme Labiche et Feydeau, celle de leur époque. Molière parlait des bourgeois du XVIIe, Guitry de ceux du XXe. Il a sa place à côté de Pirandello, Tchekhov, car il déstructure le théâtre. Sa fantaisie, toute son insolence même se trouve à l’intérieur de son œuvre. Il a inventé le Maître, mais aujourd’hui c’est son œuvre qui survit. C’est une œuvre de troupe. Ce sont les comédiens qui font son théâtre. Ce qui séduit le plus chez Guitry, c’est la langue. L’audace, les trahisons, les violations que son œuvre va enfin connaître, vont faire de lui le Marivaux du XXe siècle.

Guitry et les femmes
Ce jeune homme qui se foutait de tout a été sauvé par les femmes. Il a commencé avec la comédienne Charlotte Lysès, sorte de Ludmila Mikaël de l’époque. Elle était la maîtresse de son père Lucien ! Elle va être sa mère de théâtre. Puis, il y a le coup de foudre total avec Yvonne Printemps. On comprend mieux, avec elle, comment cet Arsène Lupin du théâtre a réussi à entrer dans la légende. Il a écrit pour elle trente pièces pour en faire la reine du théâtre. Elle a eu tant d’amants que Guitry ne joua pas au cocu imaginaire. Et il meurt le jour où elle le quitte pour Pierre Fresnay. En passant au cinéma, sa vengeance sera totale. Il fait tourner à sa nouvelle femme, la sublime actrice Jacqueline Delubac, tous les rôles qu’Yvonne avait joués au théâtre. Après les années bonheur, il connaît les années douleurs avec Geneviève de Séréville. Ces années, 1939-1944, correspondent à la guerre. Ensuite, il y a, jusqu’à la fin de sa vie, Lana Marconi. Mais, son grand amour ce fut Arletty. Elle m’a dit: « Je ne pouvais pas l’épouser, il s’était épousé lui-même ! »

L’esprit de Guitry
On le compare à George Bernard Shaw, à Marc Twain. Il a été éduqué par le clan Guitry qui était fait de dreyfusards, comme Feydeau, Tristan Bernard, mais aussi Octave Mirbeau, Alphonse Allais. Il a été initié très vite à la politique. N’oublions pas qu’il a passé ses premières années en Russie, à l’ombre des prémices de ce qui allait faire naître la Révolution. Il était très ami avec Léon Blum, qui, avant d’être l’homme du Front populaire, avait été un grand critique de théâtre. Il y a chez Guitry un côté Capra, Lubitsch, Wilder évident. Je vais essayer de révéler au cours de cette causerie quelques petits secrets, et tenter de faire comprendre toute son insolence et sa fantaisie. « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux » est une chanson qui lui correspond bien. Il y a chez Guitry, une incessante quête du bonheur. Je vais dévoiler un secret confié par Arletty qui éclaire ce qu’il était.

Sacha le magnifique au Théâtre de la Gaîté Montparnasse

Crédit Photo portrait : Guillaume GAFFIOT / VISUAL Press Agency

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