Batailles
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Interview de Tonie Marshall pour Batailles
C’est avec plaisir, un brin de trac, que la comédienne réalisatrice revient sur scène, entourée de Pierre Arditi et François Berléand, avec ces merveilleuses « Batailles » de Roland Topor et Jean-Michel Ribes.
Propos recueillis par M-C. Nivière
Jean-Michel Ribes et Roland Topor font partie de votre « régiment » artistique ?
Absolument. Je connais Jean-Michel depuis très longtemps, bien avant « Merci Bernard ». Cela date de la tournée des « Fraises musclées » (1970). Quant à Roland, j’ai fait sa connaissance lors des « Merci Bernard ». J’aime leur esprit insolent, libre et foutraque.
Vous étiez des premières « Batailles ».
Oui, en 83, à l’Athénée, dans la petite salle. Il y avait une relation très intime avec les spectateurs. Alors vous imaginez jouer ce texte ici dans la grande salle du Rond-Point, c’est comme si nous passions de ma chambre à la salle de bal du Titanic. Les dimensions changent totalement, on n’est plus dans l’ordre de l’intimité.
Vos copains de régiment ont changé. Arditi-Berléand, c’est de l’artillerie lourde ?
Jean-Pierre Bacri, Philippe Khorsand, ce n’était déjà pas de l’artillerie légère. C’était étrange de répéter au moment où Philippe nous quittait. J’ai tellement ri avec lui. Philippe, c’est quelqu’un qui pouvait incarner cette pièce, tant il s’est battu pour vivre. Il avait un don inné de la drôlerie. Je n’ai pas fait de théâtre depuis une vingtaine d’années, alors me retrouver avec deux artistes de cet acabit, deux acrobates qui savent tout faire ! C’est très agréable de les voir travailler. Comme on joue peu ensemble, je peux les regarder. Je me régale.
Ces « Batailles » se déroulent sur les champs d’honneur des choses de la vie.
Dans un registre excessivement drolatique, cela évoque des situations emblématiques de la vie. La première, « Bataille navale », écrite par Jean-Michel parle de la lutte des classes et de l’écriture. La seconde, « Bataille au sommet » est une métaphore de la mort, sur un registre insolite qui ressemble beaucoup à la vie de Topor. La troisième, « Bataille dans les Yvelines », qu’ils ont écrite ensemble, montre deux hommes confrontés à une femme, trop folle, trop vivante, trop tout, et qui sont terrorisés par elle. Ces deux types qui, n’arrivant pas à fournir, ne rêvent que d’une chose, de se débarrasser d’elle. Ici on est dans un registre plus à la Monty Python. Et il y a deux monologues : « L’ultime bataille » d’une femme qui veut rompre, écrit par Jean-Michel, un autre par Topor qui est une « Bataille intime », sur l’ambivalence.
Justement cette « Ultime bataille » est un monologue assez riche en effets, ruptures. Comment conduisez-vous cet assaut ?
Pour l’instant avec la trouille. Ce monologue du balcon, c’est de l’acrobatie. Il faut faire les ruptures, tenir, surprendre. Pour « Bataille intime », c’est différent, on n’est pas dans le réalisme et là c’est le rapport au personnage, pas à la situation, qui prime.
Depuis l’époque de la création, vous avez eu des campagnes artistiques assez réussies, j’imagine que cela vous a donné de nouvelles armes pour reprendre ces « batailles » ?
En ce moment, c’est la course, entre mon film « Passe Passe », la série « Venus et Apollon » pour Arte, j’ai hésité à reprendre. Et puis comme je suis emmerdante avec les acteurs sur mes films, je me suis dit : « Refous-toi là-dedans, cela va te servir de retrouver les sensations que ressentent les comédiens ». Cela me faisait plaisir, j’ai tellement ri avec Jean-Michel. Rire, c’est partager. Et puis, jouer avec deux ostrogoths pareils ! Je me suis rendue compte que des automatismes revenaient et dont j’ai dû me débarrasser. Mais c’est vrai, c’est différent. Rompre à 30 ans et à 50 ans, ce n’est pas la même chose.
Le rire est la meilleure défense ?
Rire ! C’est une sensation divine aussi bonne que le sexe. C’est extrêmement épanouissant, cela ouvre le corps, l’esprit. Il y a des périodes de la vie où l’on passe du temps à rire et d’autres où l’on rit beaucoup moins. Là, je sais que j’y retourne, y va y avoir de grands fous rires, parce qu’Arditi et Berléand, ce sont de grands rieurs, à côté d’eux je suis Sainte-Nitouche.
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