L'Illusion Conjugale
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Isabelle Gélinas, tout lui sourit
La comédienne est à l’affiche de L’illusion conjugale, une comédie moderne et corrosive signée Eric Assous et mise en scène par Jean-Luc Moreau. Déjà deux cents représentations au compteur, mais le plaisir, la joie et l’excitation d’Isabelle Gélinas sont intacts. Et la seule envie qui nous a tiraillés à la fin de cet entretien, c’est d’aller s’installer dans la salle pour l’applaudir à nouveau bien fort comme elle le mérite.
Propos recueillis par Dimitri Denorme
Une scène de ménage chaque soir depuis septembre, on peut dire que ça vous réussit plutôt bien…
C’est vrai en plus ! (rires). La pièce d’Eric Assous est une comédie à suspense. C’est assez rare comme style. Il a écrit une pièce qui est un bijou de cynisme, mais avec beaucoup de subtilité et de tendresse pour ses personnages. C’est un vrai bonheur à jouer. Le texte ouvre un champ de possibilités de lectures immense pour le public et pour nous comédiens. Nous nous sommes rendus compte qu’avec un simple regard ou un geste anodin sur une réplique, on pouvait modifier la perception du spectateur et sa compréhension de l’histoire qui reste toujours ouverte… Ce qui est réjouissant, c’est de sentir la salle qui ne loupe rien, qui est à l’affût de chaque geste, de chaque phrase… On entend le public réagir, s’exclamer, et parfois même anticiper une réplique tellement il est dedans. Cela ne dérange jamais le spectacle, c’est au contraire plaisant et charmant.
Quand on a la chance de jouer une pièce sur une telle durée, ne prend-on pas finalement le risque de se laisser gagner par une certaine lassitude ?
On en est à deux cents représentations et on n’a vraiment aucune envie de s’arrêter ! Après le succès au Théâtre de l’Œuvre, on est ravis de poursuivre au Tristan Bernard. José Paul et Jean-Luc Moreau sont des camarades de jeu exquis. Il y a une harmonie parfaite entre nous trois qui ne laisse aucune place à la lassitude. Ce spectacle est vraiment de ceux que l’on prend plaisir à jouer longtemps. Et puis chaque soir c’est différent… C’est un peu comme une histoire que l’on vous a racontée dans la journée et qui vous a fait mourir de rire. La seule envie que vous avait alors, c’est de la raconter à votre tour. Et là, vous vous rendez compte qu’elle fait aussi rire les autres et que ça leur apporte de la joie, donc vous ne pouvez pas vous lasser de l’envie de faire plaisir… Le théâtre, c’est avant tout cela : un espace d’échanges. Sur scène, bien sûr, mais aussi entre la scène et la salle. Il y a des sensations, des perceptions, qui ne sont jamais les mêmes d’ailleurs, et qui se baladent de l’une à l’autre… Le théâtre, c’est de la matière vivante qui se constitue chaque soir et c’est vraiment là qu’est toute sa magie.
Qu’est-ce qui vous a attirée dans le rôle de Jeanne ?
Pour une fois, ce n’est pas une névrosée (rires)… Non pas que je n’aime pas interpréter les névrosées, au contraire. Mais là, c’est différent. Elle mène le jeu avec un certain plaisir et c’est vrai qu’elle jubile aussi de faire souffrir son mari. Je ressens une sorte d’empathie du public pour mon personnage. Surtout du public féminin d’ailleurs. C’est grisant. Il ne s’agit pas d’un spectacle sur le désamour, mais plutôt une sorte d’état des lieux du couple pour qu’il puisse continuer à avancer. Elle veut amener son mari à une prise de conscience. Ce qu’il y a de jubilatoire avec le rôle de Jeanne, c’est qu’à chaque représentation, sans modifier le texte, je peux lui trouver une vérité. La jouer un soir en me disant : « oui elle a trompé son mari avec Claude ». Un autre en me disant : « non elle ne l’a pas trompé ». Et un troisième, en décidant qu’elle l’a bien trompé, mais avec un autre… C’est un petit pouvoir jouissif ! J’essaie toujours de choisir des rôles dont on ne pense pas, au bout de quarante représentations, en avoir fait le tour. Avec Jeanne, je suis comblée !
Le spectacle cumule cinq nominations aux Molières, dont celui de la meilleure comédienne. Comment envisagez-vous cette reconnaissance ?
C’est un coup de bol monstrueux ! (rires). Plus sérieusement, bien sûr que cela fait plaisir. Ce qui me rend vraiment heureuse, c’est que le spectacle soit nommé cinq fois. Chacun est reconnu, et du coup c’est un travail collectif qui est récompensé. C’est bien pour le spectacle, le papillon rouge sur l’affiche va prolonger sa durée de vie et faire venir encore plus de monde. Mais la vraie reconnaissance au fond, ne vient pas d’une nomination aux Molières. Celle qui me touche vraiment, c’est celle du public qui à la fin de la pièce nous attend pour nous dire merci.
Est-ce que cela vous donne l’envie de faire encore plus de théâtre ?
J’adore jouer, interpréter, faire passer plein de sentiments à travers un personnage… Petite, dès que j’ai compris que jouer la comédie pouvait rentrer dans la catégorie « métier », j’ai su que c’était cela que je ferais. Au théâtre, on est vraiment le seul maître à bord. Il n’y a pas de seconde prise ou de montage. Chaque soir on prend sa respiration, et on se jette à l’eau. C’est cette excitation que j’aime beaucoup. Elle multiplie le plaisir du jeu. Sur scène, le plaisir est vraiment le maître-mot. Je ne pourrais jamais rester éloignée des planches trop longtemps.
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