Stéphane Trapier

Un Garçon impossible

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Jean-Michel Ribes, l'interview d'un "garçon impossible"

13/01/2009 - 12h43
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Jean-Michel Ribes, l'interview d'un "garçon impossible"

 

Depuis 2002, il dirige avec succès le théâtre du Rond-Point, lieu où l’écriture dramatique d’aujourd’hui est à l’honneur. Il met en scène la pièce d’un jeune auteur norvégien, Petter S. Rosenlund, « Un garçon impossible ».

Propos recueillis par Marie-Céline Nivière

 

Comment avez-vous rencontré l’œuvre de cet auteur qui ne va pas manquer de secouer le public ?

 

C’est par mon ancien administrateur Pierre-Yves Lenoir qui me l’a fait découvrir lors d’un voyage à Lausanne. Je l’ai lu dans la nuit et j’ai été conquis. Cette écriture est proche de tout ce que j’aime, surprise permanente, sursaut, rupture… Cela raconte le monde d’une manière forte, violente, avec cet humour intempestif qui me semble plus que jamais vital.

 

 

 

La famille est le thème de la saison du Rond-Point, celle qu’évoque Rosenlund est assez particulière puisqu’elle donne naissance à un serial killer de 8 ans ?

 

Cette pièce, sans pathos ni psychologie lourdingue, décrit d’une manière fulgurante, comment « la » famille peut rendre fou. Rosenlund avec une pertinence visionnaire dénonce les troubles qu’engendre la famille bourgeoise, socle de la société occidentale d’aujourd’hui.

 

 

 

« Un garçon impossible » aurait pu s’intituler « Des adultes impossibles » tant ils sont ici empêtrés dans leurs échecs, leurs mensonges, leurs cruautés ?

 

Cela aurait pu s’appeler aussi « Le monde impossible ». C’est une métaphore qui montre le dysfonctionnement de la vie d’adultes, ceux qui construisent le monde. Des jeunes gens peuvent ne pas arriver à y vivre, tant ce monde est malade et clos. Comment faire pour exister sinon en supprimant ce qui nous empêche de vivre. C’est avec un point de vue contraire à celui de la société qui nous entoure que Rosenlund envisage le problème des enfants tueurs. Un peu comme pour les terroristes, pour les uns ils sont des criminels et pour d’autres des résistants. Rosenlund nous interroge : qui sont les fous, ceux qui sont tués ou ceux qui tuent ?

 

 

 

Ici nous sommes dans un humour grinçant qui dénonce une société qui abîme l’enfance ?

 

La force de la pièce est qu’elle traite d’un phénomène de société extrêmement grave sans passer par les arcanes du sérieux. L’humour noir, le vaudeville, le non-sens qu’emploie Rosenlund pour dénoncer l’horreur du monde sont d’autant plus pertinents qu’ils permettent de rire d’une situation qui serait simplement insupportable si elle n’était pas démontée par l’absurde.

 

 

 

A la lecture de la pièce, ce qui surprend, c’est ce mélange des genres, des codes théâtraux…

 

C’est ce qui m’a le plus séduit dans son écriture. Pour montrer le dysfonctionnement d’une famille, de la société, chaque personnage a un univers, un langage différent. L’écriture sautille du vaudeville au théâtre de l’absurde, en passant par la satire, puis se coule dans le drame bourgeois. L’action se passe dans un lieu sécurisant qu’est l’hôpital avec des docteurs, des parents, etc. Bref des gens solides qui peu à peu, au fil de leurs obsessions, vont devenir des insensés. On est soulagé que le jeune homme nous débarrasse de tous ces psychotiques. Si je devais résumer la pièce en une formule, je dirais que c’est un cauchemar burlesque.

 

 

 

Micha Lescot en enfant de 8 ans frisant le mètre 80, Eric Berger en médecin dépassé, Isabelle Carré en infirmière dépressive et romanesque, Hélène Viaux en mère fêlée et Jean-Yves Chatelais en grand-père fouettard, forment une distribution idéale…

 

J’ai essayé de choisir des comédiens à forte personnalité pour tresser avec des couleurs violemment contrastées cette étrange histoire où chacun des personnages est isolé dans sa folie propre. Ils ont ce talent-là, plus la pièce avance et plus ils portent la folie de chacun jusqu’au bout. Il est évident que je n’aurais pas monté cette pièce si je n’avais pas trouvé des acteurs capables de passer en trois répliques de l’extrêmement drôle au tragique. Ce texte est une mosaïque de sentiments, ils ont tous le talent d’interpréter l’arc-en-ciel des humeurs qui nous habitent. Ils sont drôles et inquiétants. Et puis, il y a aussi tout le travail avec mes collaborateurs fidèles, Patrick Dutertre, pour les décors, Juliette Chanaud, pour les costumes, Marie Nicolas, pour la lumière. Il y aura même une création vidéo d’Olivier Garouste.

Un garçon impossible au théâtre du Rond-Point du 20 janvier au 28 février 2009.

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