Les Douze Pianos D'Hercule

Les Douze Pianos D'Hercule

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Jean-Paul Farré, un Molière bien mérité !

15/06/2010 - 18h12
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Jean-Paul Farré, un Molière bien mérité !

Pour sa dernière création, Les Douze Pianos d’Hercule, il a reçu le Molière du Théâtre musical 2010. Rencontre avec ce « farfadet » des planches, qui passe avec une belle aisance des grands textes et des grands metteurs en scène, à son univers fantasque et burlesque.

Propos recueillis par M-Céline Nivière

Un Molière, cela fait toujours plaisir ?
Je suis ravi. D’autant que c’est la première fois que je gagne. J’ai eu cinq nominations : trois en second rôle, une en spectacle solitaire et la dernière en théâtre musical. Etre récompensé en spectacle musical me rend heureux, car avec mon piano j’en ai fait beaucoup. C’est une reconnaissance, un encouragement. Je trouve dommage qu’il n’y ait plus de récompense pour le seul en scène, car il y a de grands noms, Luchini, Caubère, Weber… Malgré les défauts que peut avoir ce genre d’institution, j’aime bien. Mais il faudrait que cela tourne un peu plus et que ce ne soit pas toujours les mêmes noms qui ressortent.

Fort de ce Molière vous reprenez le spectacle…
J’avais dit à Xavier Jaillard (le directeur du Petit Hébertot) : « Si j’ai le Molière, on reprend. » Mais, existe-t-il un effet Molière ? On n’en sait rien… Je l’espère, je l’imagine. En fait, on ne sait jamais si un spectacle va prendre. L’aventure avec Les douze pianos d’Hercule a commencé il y a deux ans. Il a fallu tout ce temps pour en arriver là.

Deux ans !
Je l’ai créé fin mars 2008 au Théâtre de Longjumeau. C’était une commande pour quatre représentations. Ensuite, je l’ai emmené au Festival (off) d’Avignon au Théâtre du Chien qui Fume, puis en tournée en 2009. Cela a été compliqué de le reprendre à Paris. Et pourtant, c’est le spectacle le plus simple de tous ceux que j’ai créés. Il y a juste un piano, sept tabourets, trois bassines, deux cents balles de ping-pong et un interprète. Cela avait été plus facile pour ma création précédente Retour à la case piano, alors que j’avais quatre techniciens sans qui je ne pouvais pas jouer. C’était un truc complètement fou qui nécessitait du matériel.

Comment ce spectacle a-t-il germé dans votre esprit farfelu et inventif ?
J’avais juste une idée en tête. Que ferait un pianiste arrivant sur la scène de la salle Pleyel et trouvant le piano fermé à clef ? A partir de là, j’ai brodé un scénario. Le piano est fermé pour cause de travaux, parce que c’est un piano historique. Il a participé aux trois grandes révolutions dans l’art du piano. De plus, le hasard a fait que 2010 soit l’année Chopin et dans ce spectacle je rends hommage aux concertos d’un certain Frédéric Pincho. Dans la salle, cela réagit bien !

Cette association drolatique avec le metteur en scène Jean-Claude Cotillard était une évidence…
Je connais depuis longtemps l’homme et son travail. C’est en voyant sa mise en scène de Moi aussi je suis Catherine Deneuve de Pierre Notte que je me suis dit qu’il serait l’homme de la situation. Je l’ai appelé, nous nous sommes vus et nous nous sommes tout de suite entendus. Chez Cotillard, le mime, le clown ont une place très importante. Il est l’œil extérieur parfait. Il m’a permis d’expérimenter de nouvelles trouvailles burlesques, dont ce passage de la petite voix, quand le piano est fermé, à la voix normale.

Le piano est pour vous un fidèle partenaire théâtral…
C’est même un très vieux partenaire. Je suis un comédien qui aime la musique. Je ne suis pas un musicien qui a dévié. J’en avais fait enfant de 8 à 10 ans. Je m’y suis remis à 16 ans quand ma sœur m’a soufflé l’idée de mettre en musique les petits poèmes que j’écrivais alors ! Dans son livre*, Colette Derigny dit que, dans l’expression « jouer du piano », j’ai pris au pied de la lettre le mot « jouer ». Mon piano, c’est mon clown blanc, mais en noir. Pour moi, c’est un objet, je monte dessus… A chaque spectacle tout change, je ne garde rien du précédent. C’est comme si j’écrivais une pièce de théâtre, avec un personnage récurrent, celui du maestro fou…

Et votre piano est loin d’être un personnage statique. Vous lui en faites faire des choses !
Je l’ai dompté. Je le fais monter sur ses pattes. Je lui parle. C’est vrai que j’en ai fait des choses avec lui. Je ne le ménage pas. Le piano est un bel objet. C’est énorme le nombre de pièces qui le composent. Sans compter les quatre-vingt-huit touches ! Il est docile et obéissant…

Vous avez un côté clown musical, non ?
Clown ! C’est un beau nom. Devos était un clown des mots… Il y a quelque chose de hors norme chez le clown. C’est quelqu’un qui ne respecte pas les choses, un peu en révolte, qui se débat contre l’ordre établi. Dans ce spectacle, c’est un petit bonhomme qui se confronte à un piano de six cents kilos. C’est un taureau ! C’est du solide ! J’aime bien me heurter à des partitions. J’aime Bach, Mozart, Beethoven… Mais j’aime détourner, désacraliser les choses. L’autre jour, j’écoutais France Musique et j’entends un musicologue dire : « C’est une gamme chromatique inversée, suivie d’un triton, suivie d’une chute… » Rien que ça ! « Suivie d’une chute » ! Ça, je le replacerai un jour.

Passer du Roi Lear mis en scène par André Engel aux Douze pianos d’Hercule montre bien que vous aimez la diversité.
C’est ça le métier de comédien. Si je le fais, c’est pour dire des textes, ceux de Shakespeare, Molière, Grumberg, Ribes… Ce sont des poètes qui racontent et veulent dire des choses. Etre comédien, c’est aussi jouer avec les autres. Depuis 1974, j’alterne solos et pièces avec d’autres comédiens. On est instrumentiste en jouant avec les autres. Ma troisième activité est de jouer des textes littéraires, comme Effroyables Jardins de Michel Quint, Moi, qui ai servi le roi d’Angleterre de Bohumil Hrabal. La prochaine fois, ce sera quelque chose de ce genre. Car c’est nourrissant.

Vous avez un sacré parcours dans lequel vous passez des scènes du privé à celles du subventionné !
C’est le jeu des hasards. On ne dit pas non lorsque l’on vous propose de jouer le fou dans Le Roi Lear avec Michel Piccoli à l’Odéon ou Sganarelle dans Dom Juan avec Philippe Torreton au Marigny. J’ai quand même dû me battre. Car lorsque tu fais du one-man show, il faut toujours rappeler que tu es aussi capable de faire autre chose. Souvent, on me disait : « Ah ! Mais je pensais que tu n’étais pas libre. »

Pour vous croiser régulièrement dans les salles, je sais que vous êtes aussi un grand spectateur…
Je vais au théâtre depuis l’âge de 14 ans et c’est vrai que j’y vais beaucoup. J’aime tout. En réalité, je n’apprécie pas d’être chez moi entre 19h et 22h, alors soit je joue, soit je vais voir les autres. C’est une forme de drogue ! Mais une bonne !

* « Jean-Paul Farré, le monde burlesque d’un homme de théâtre », édition L’Harmattan.

Les Douze Pianos d'Hercule au Petit Hébertot

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