Music-Hall
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Lambert Wilson, du théâtre au Music-Hall
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Il met en scène Fanny Ardant dans « Music-Hall » de Jean-Luc Lagarce, un des événements de cette nouvelle saison théâtrale. Cette pièce raconte l’histoire d’une artiste flanquée de ses deux boys qui ressasse ses tournées.
Propos recueillis par Marie-Céline Nivière
Lagarce est un de nos auteurs contemporains les plus joués, mais dans un milieu très précis, le théâtre subventionné. Après la Comédie française, le duo Wilson-Ardant est une ouverture pour un public plus large ?
Je me dis que là où il est, Lagarce doit être content que Fanny s’empare de la Fille de « Music-Hall ». Elle est idéale pour ce rôle. Peut-être que pour ses partenaires du début, je pense notamment à François Berreur, symboliquement cela doit les toucher que ce soit cette actrice et ce théâtre. Car les Bouffes du Nord sont vraiment un lieu unique dans le paysage théâtral français grâce à l’énergie et au talent de Micheline Rozan et de Peter Brook. C’est un endroit vraiment magique qui fonctionne dans son vide, ce qui convient parfaitement à la pièce.
« Music-Hall » parle d’un genre bien précis où l’artiste se retrouvait dans toute sa fragilité devant le public.
La pièce n’est pas un documentaire sur le music-hall, mais l’histoire tristement banale d’une femme abandonnée. Mais Lagarce la raconte en parlant aussi du monde dérisoire et émouvant du spectacle, et plus particulièrement de celui de la revue. Ce monde de paillettes où tous les excès sont permis, mais aussi où le sordide se cache derrière le strass. C’est aussi le lieu de la Femme, représentée par la meneuse de revue mais aussi par le travesti.. Lagarce avait une fascination pour les actrices et les chanteuses. Le music-hall est l’endroit qui les symbolise encore plus que le théâtre. C’est aussi le lieu de la musique. Lagarce est parti d’une chanson de Joséphine Baker.
« Music-Hall » évoque aussi cette passion qui pousse à jouer toujours et encore…
Fanny a été séduite assez vite par cette pièce. Pourquoi ? Elle y a peut-être reconnu des émotions, des sentiments que tous les gens de scène partagent. Un sens du rituel auquel on ne peut jamais renoncer et qui justifie tout. Malgré la douleur, on continue à se consacrer à l’idée de la beauté. Cette fille n’est pas minable mais ce qui l’entoure l’est. Elle consacre sa vie à sa vision - quand bien même pathétique - de l’art. Le Music-Hall est plus extrême que le théâtre parce qu’il met l’artiste seul dans la lumière d’un projecteur. C’est de cela dont il s’agit dans la pièce. Cette femme est une comète qui entraîne ses boys, de l’autre côté du miroir, dans le halo de cette lumière.
C’est votre première mise en scène d’un auteur contemporain, pourquoi Lagarce ?
C’est même la première dans laquelle je ne joue pas. C’est un pur bonheur. De ce fait, je peux dire que c’est presque ma première mise en scène. Je place Lagarce dans un Panthéon qui contiendrait Beckett et Ionesco. L’histoire de la Fille, c’est aussi celle de Winnie dans « Oh les beaux jours ». Ce n’est pas un tas de sable mais le plateau d’une salle minable. On s’y enfonce tout autant. Lagarce allie humour et désespoir dans une langue économe et très forte. Et puis, cet été j’ai découvert ses Journaux. J’ai eu l’impression de le connaître. Je me suis rendu compte que j’avais été aux mêmes spectacles que lui. On s’est peut-être croisés. J’ai beaucoup pensé à lui pendant les répétitions.
Fanny Ardant a une musicalité dans son phrasé, une attitude physique qui est en soi une théâtralité. Cela a dû vous inspirer ?
C’est très difficile pour un metteur en scène de ne pas être hypnotisé par Fanny, tant elle est fascinante. J’ai la prétention de rêver que l’on puisse découvrir une nouvelle Fanny, drôle et excessive. D’instinct, elle est sensible à une écriture. Sa fréquentation des auteurs comme Duras la rend très attentive aux ponctuations, au rythme, au phrasé. Elle est sans cesse émouvante. Il faut se faire violence pour ne pas se satisfaire simplement du son de sa voix, pour aller chercher au plus près de ce que voulait Lagarce. Je suis certain qu’il en serait tombé amoureux. Elle est l’incarnation de ce qu’il voulait raconter. L’intelligence des artistes qui choisissent ce chemin avec tous les risques mortels que cela comporte. « Music-Hall » est une métaphore de la vie bien sûr, et en cela la pièce est profonde et universelle. Cette femme choisit de se reconstruire tous les soirs, malgré tout. The show must go on…
Music-Hall, du 7 janvier au 14 février 2009 aux Bouffes du Nord.
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