Giordano Bruno

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Laurent Vacher, la tête dans les étoiles

03/11/2009 - 16h55
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Laurent Vacher, la tête dans les étoiles

Dans un excellent spectacle déambulatoire, d’une écriture réjouissante, il nous invite à voyager dans la pensée de Giordano Bruno. Ce penseur du XVIe siècle, mû par une intuition, affirma : « Un nombre infini de soleils existe, un nombre infini de terres tourne autour de ces soleils, des êtres vivants habitent ces mondes. »

Propos recueillis par M-C. Nivière

Pourquoi Giordano Bruno ?
C’est l’astrophysicien Paul Felenbok qui m’en a parlé pour la première fois en 2000. Cela faisait quatre cents ans que Giordano Bruno avait été exécuté. Au même moment, dans « Le Monde », je repère un article de Jacques Attali qui attise ma curiosité. Je me documente, lis ses œuvres et décide de faire un spectacle. Je choisis de mettre l’accent sur trois points : Giordano Bruno face à son apprentissage, son intuition puis son discours sur l’infini. Celui-ci est toujours d’actualité. Dans la recherche en astronomie, nous en sommes là où il a placé sa pensée. Nous savons qu’il y a une infinitude de planètes.

A l’époque, ce fut une véritable révolution, non ?
Dans la pensée chrétienne de l’époque, la Terre est le centre du monde. L’œuvre de Bruno pulvérise ce centre. Il s’est retrouvé seul face à l’autorité de l’époque : l’Inquisition. Qui n’est pas vraiment une période propice pour développer l’idée qu’il existe d’autres vies. Il est intéressant de voir comment cet homme emprisonné a résisté à l’autorité. Abjurer, c’était vivre. Ne pas abjurer, c’était mourir. Il a préféré s’obstiner et, malgré la torture, faire acte de résistance. Le spectacle a demandé deux ans d’écriture. Les trois actes du spectacle montrent comment un homme se construit.

Est-ce pour cette raison qu’il y a trois comédiens pour incarner sa pensée ?
Je voulais un jeu ludique, quelque chose de vivant. Le choix des trois comédiens est né de la nécessité de dépasser l’incarnation de Giordano Bruno, et d’en représenter plusieurs facettes. Pierre Hiessler évoque Giordano Bruno jeune. C’est l’apprentissage, le fruit de ses études, l’intuition. Benoît Di Marco personnifie la période londonienne où Giordano s’affirme comme philosophe et pose sa théorie sur l’infini. Laurent Lévy symbolise le philosophe face à sa lutte contre le pouvoir et son obstination à ne rien lâcher. Quand l’un est Giordano, les deux autres sont ses détracteurs. Cette vision est indispensable pour pouvoir raconter ce prêtre rebelle qu’est Giordano Bruno.

Le choix d’un spectacle déambulatoire ne semble pas anodin…

Le fait d’être en mouvement accompagne la fuite de Giordano Bruno à travers l’Europe. Allumant lui-même les feux, il est chassé d’Italie, de Suisse… En astronomie, on dit qu’il faut se mettre au plus loin pour comprendre au plus près. Là, j’ai fait l’inverse en mettant les spectateurs au plus près des comédiens. Ils dessinent l’espace et les comédiens évoluent en leur sein.

C’est parce qu’il a la tête dans les étoiles que vous avez opté pour l’Observatoire de Paris ?
Au moment où on a cherché à monter le spectacle, nous avons eu la possibilité de le créer à l’Observatoire de Nice, puis de le jouer à Paris. C’est l’occasion d’ouvrir ces lieux de sciences, qui sont magnifiques et très secrets. A la différence de Galilée, Bruno n’a jamais rien démontré scientifiquement, il est dans l’intuition. Les scientifiques le considèrent comme un philosophe et les philosophes comme un scientifique. J’ai ma vision personnelle. Bruno dit : « Jugez-moi en philosophe car je cherche le chemin de la liberté. » Et entendre ces trois comédiens révéler un portrait de Bruno, homme pensant donc vivant, trouve sa place dans ce lieu. C’est bien de raconter ces histoires-là.

A Nice, nous déambulions dans trois lieux distincts. Est-ce différent à Paris ?
Nous gardons le même principe. A l’entrée, nous distribuons des tabourets pour que les spectateurs puissent déambuler dans trois espaces différents. Trois mouvements, trois espaces ! Il y a la grande entrée et la salle Cassini, là où on trouve le grand méridien. La transformation de ce lieu de science et d’histoire qu’est l’Observatoire de Paris en lieu de spectacle demande une grande prouesse technique de la part des trois techniciens qui ont installé et font vivre ce spectacle. Avec ce spectacle, le public vit une expérience singulière. Après le spectacle, il reste dans le hall et discute. Les choses se comprennent au fur et à mesure. On entre dans une nébuleuse, puis le sens vient.

Giordano Bruno - Des Signes des Temps à l'Observatoire de Paris, du 7 novembre au 12 décembre.

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