Ca ira quand même - Benoît Lambert

23/08/2007 - 11h47
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- Lire le journal de bord complet du Festival Frictions 2003. Le dense Maître Puntilla et son valet Matti de l'année passée mais surtout la trilogie Pour ou contre un monde meilleur (dont le troisième volet, Le bonheur d'être rouge, sera à Paris au mois de juin 2003) nous en avaient convaincu et ce terme de tentative que la compagnie avait choisit pour nom de baptême, on se demandait presque s'il ne s'agissait pas tout simplement de celle qui consisterait à pousser l'acte théâtral au delà de l'agit-prop 70's, vers des contrées scéniques où insidieusement pouvait se glisser la dénonciation sévère des asservissements, économiques et symboliques, dont souffrira encore le monde tant qu'ils ne seront pas mis à jour.Mais si, jusqu'à présent, les questions politiques n'apparaissaient dans les pièces de Benoît Lambert qu'en filigrane, comme prétexte ou suggestion d'interprétation, il entre avec Ca ira quand même dans le vif du sujet, avec toute la violence que l'insurrection théâtrale peut contenir.Ainsi, la première moitié de la pièce est proprement éprouvante - tant ces vérités connues de tous sont assénées avec force et en musique devant un public médusé qui ne sait plus très bien s'il doit applaudir ou chialer. Car nous sommes toujours au théâtre, mais ces voix qui s'élèvent une par une, chaque personnage portant le nom de l'acteur qui l'incarne (Mr Vérité, Mr Hincke, Mme Lombardi, pour ne citer qu'eux), ce sont nos voix à tous, qui hurlent leur colère et finissent systématiquement par s'excuser d'avoir parlé trop fort, avant de rentrer dans le rang, et boire une bière pour la route - avec une humanité déconcertante exprimant tout le désarroi d'une époque où chacun peut tout dire à tout moment et où paradoxalement, tout le monde se tait de peur de dire une connerie, ou pour faire plus savant, et comme la citation est prononcée telle qu'elle dans la pièce : Le problème n'est plus de faire que le gens s'expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. Les forces de répression n'empêchent pas le gens de s'exprimer, elles les forcent au contraire à s'exprimer. Douceur de n'avoir rien à dire, puisque c'est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d'être dit.C'est donc Deleuze qui resurgit sur le plateau mais aussi, subtile, une grande partie de la littérature contestataire moderne, puisqu'on peut facilement identifier la fête improvisée que vont organiser les protagonistes en petite TAZ, moment d'ivresse, de luxure et de flottement essentiel à la germination de l'espoir, dans la salle aussi - parce que tout le monde à ce moment est embarqué dans le même bateau, seule chose primordiale pour un metteur en scène que celle de ne pas larguer totalement son public, mais au contraire que la chair puisse aussi sentir la chair, cette viande dont nous parlions ailleurs, qui alors ne serait plus une entrave mais l'instrument de notre accession au monde, cet organe qui, appliqué à notre propos, rendrait le théâtre possible et l'émotion obligatoire.Quand plus tard, nous croiserons les comédiens au bar du Parvis Saint Jean, ce sera comme si il n'y avait pas eu de spectacle, comme si cet événement auquel nous venions d'assister n'avait été qu'un exercice de destruction de barrières, de ce que Deleuze encore appellerait un « récurage des inconscients », à notre petit niveau de jouisseur sans presque plus d'entraves et tout de même bien loin de l'anti-Œdipe véritable ou du surhomme nietzschéen évoqué à la fin de la pièce, mais récurage quand même, et ce pour une bonne est simple raison, c'est que s'il est bien un moment où il faut que cela arrive, c'est maintenant.Après, il sera trop tard.Ca ira quand mêmem-e-s : Benoît Lambert D'après 20 ans et alors ! de Don DuynsFestival Frictions 2003TDB-CDN DijonDu 26 mai au 5 juin 2003

- La présentation de theatre-contemporain.net- Le journal de bord du Festival Frictions 2003.- Le site du Théâtre Dijon Bourgogne.

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