INTERVIEW - Fanny Ardant, seule en scène à l'Atelier
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La comédienne revient au théâtre avec L’Année de la pensée magique de Joan Didion, une réflexion sur la mort qui mène à un hymne à la vie.
Propos recueillis par M-C. Nivière
Madame Ardant arrive dans le bureau, sublime et simple à la fois. J’ose la question : « Vous n’avez pas encore choisi du léger ! Mais que c’est beau… » Elle éclate de rire et enchaîne avec passion : « C’est vrai que Didion raconte l’impensable… Aujourd’hui, on ne parle plus de la mort. on emploie des métaphores, « il est parti »… »
Joan Didion a enchaîné les malheurs avec la mort de son mari, puis celle de sa fille. « Elle a une vision très acérée, du coup elle ne tombe jamais dans le psychodrame… Cette grande observatrice a beaucoup d’humour. Elle a écrit un chant d’amour. Ces trois êtres vivaient en autarcie… Mais ils se disputaient aussi, ce n’était pas « La petite maison dans la prairie ». Cette femme a une vision d’elle d’une honnêteté incroyable. »
Son seul salut passe par l’écriture, pour comprendre et se relever. « Après tout ça, qu’est-ce qui rend la vie intéressante ? Qu’est-ce qu’on fait ? Ecrire, c’est partager une histoire, une émotion. Et Joan Didion a su transformer des situations archi-concrètes, en quelque chose d’universel, de transmissible. L’expérience de chacun, le détail des autres sont une nourriture. C’est ça qui m’excite quand je lis un roman, quand je vois une pièce, un film… On peut dire ou penser que toute histoire a déjà été racontée. Mais non. »
La pièce n’est pas une adaptation du roman. « Dans le livre, elle n’évoquait que la mort de son mari. » Sa fille était alors dans le coma. Fanny Ardant explique que ce texte, l’auteure l’a écrit spécialement pour le théâtre parce que sa fille était décédée. « Pour l’entendre ! Le théâtre est le lieu où l’on vient dire des choses. »
J’en arrive à la question banale, mais qui se doit d’être posée. Comment le projet est-il arrivé jusqu’à elle ? « J’aime faire une série au théâtre, j’aime arriver et partir… On m’a proposé ce texte. J’ai tout de suite dit « Banco ! » Ensuite, il ne me restait plus qu’à foncer ! Vous l’avez lu, il est dense. » Nous rions en évoquant la fameuse question : « Mais comment vous faites pour apprendre tout ça ? »
« Ce qui me plaît c’est qu’il y a eu autant de jours de répétitions qu’il y aura de représentations. Il y a un équilibre entre la face cachée et la face révélée du miroir… » Elle précise que cela n’est pas une lecture. « Une lecture, c’est pudique. Jouer, c’est montrer une sorte d’impudeur. Et puis, il y a de grandes variations dans le texte. Ce n’est ni une comédie ni une tragédie. C’est la vie… »
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