INTERVIEW - Le trio féminin de "Une Puce, épargnez-là" au Français

30/05/2012 - 10h40
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© Christophe Raynaud de Lage

En inscrivant à son répertoire, la pièce Une Puce, épargnez-la de Naomi Wallace, auteure américaine, la Comédie-Française rappelle qu'une de ses missions est de faire découvrir des auteurs contemporains. Nous avons rencontré Naomi, entourée de la traductrice, Dominique Hollier, et de la metteuse en scène, Anne-Laure Liégeois.

Propos recueillis par M-C Nivière.

Que signifie pour les Américains la Comédie-Française ?

Naomi Wallace : Je ne peux pas répondre pour eux… Vous savez, aux Etats-Unis, il y a toujours le snobisme de penser que le théâtre anglo-saxon est le meilleur du monde… En tout cas, il n’y a pas eu un article, pas même un entrefilet, dans la presse américaine sur cet événement.

Et pour vous, cette entrée au répertoire ?

N.W. : Un grand honneur. Cela me conforte pour continuer à écrire, car c’est une caution qui va m’accompagner jusqu’à la fin de ma carrière. Les auteurs ont besoin de sentir qu’une communauté les soutient… Maintenant, je peux aller voir Anne-Laure et lui donner à lire ma nouvelle pièce…

La tonalité de votre pièce est très anglaise.

N.W. : La pièce m’a été commandée par le Bush Theater de Londres en 1996… L’action se passe à Londres pendant la grande peste. Je me suis beaucoup documentée avec des ouvrages de l’époque, comme Le journal de Samuel Pepys et Le journal de l’année de la peste de Daniel Defoe. A partir de ces souvenirs, j’ai puisé dans la mémoire de la langue et des sensations.

Comment définir son style ?

Dominique Hollier : La pièce est située dans le passé, mais la langue de Naomi n’en est pas une copie. C’est une langue contemporaine, mais qui donne la sensation de l’époque. Ce n’est pas un langage quotidien, il y a vraiment une poésie, une langue personnelle qu’on reconnaît comme la sienne…

 Et pour vous, Anne-Laure ?

Anne-Laure Liégeois : Après avoir lu la pièce, j’ai relu Defoe différemment. Il est beau de voir comment Naomi décale l’Histoire, en cela son texte est poétique et peut être théâtral, puisque le théâtre est de la poésie. La pièce écrite en 1996 s’appuie sur les émeutes de Los Angeles en 1992, le sida… Et, en 2012, elle parle encore d’aujourd’hui…

Qu’est-ce que traduire ?

D.H. : Il y a une querelle entre adaptation et traduction. Adapter, c’est transformer. Traduire, c’est prendre une œuvre et la mettre au plus près de la langue d’origine. J’ai fait d’Une Puce une pièce anglaise en français. On ne traduit pas ce que sont les mots, mais ce qu’ils font.

Il faut rendre un style, une pensée, sans trahir…

D.H. : Laurent Terzieff disait : « Il faut creuser un sillon dans la langue d’arrivée pour y accueillir la langue d’origine. » Il faut avoir la même dynamique que l’acteur, celle de prendre une matière pour la rendre. La traduction théâtrale demande de savoir ce qu’est un acteur. Il faut traduire du point de vue de l’acteur pour servir l’auteur.

Comment un metteur en scène aborde-t-il l’œuvre d’un auteur vivant ?

A-L.L. : On aborde une écriture. Mon rôle est de parfaitement comprendre les mots de l’auteur que je mets en scène. De rendre avec des images et des corps sa pensée. Quand il est vivant, on a la chance de respirer le même air que lui.

Comment avez-vous rencontré ce texte ?

A-L.L. : Par Muriel Mayette. J’ai été très vexée de ne pas le connaître avant, d’autant plus que le texte est édité (éd. Théâtrales). Avec Naomi Wallace nous avons compris que nous partagions un même goût pour le théâtre élisabéthain. J’aime quand le théâtre me renvoie à la peinture, ici Hammershoi et les peintres flamands, Vermeer mais aussi celle de Hooch.

Que ressent-on en découvrant son œuvre mise en scène ?

N.W. : La pièce a été montée une dizaine de fois depuis sa création. Ma première réaction est de me dire que des gens se sont donné du mal, et cela inspire le respect. Quelquefois, je n’ai pas été contente, mais ce n’est pas grave. Mais quand je suis contente, je le suis encore plus. Et là, avec ces comédiens, je suis heureuse !

Une Puce, épargnez-là à la Comédie-Française (Théâtre Ephémère) jusqu'au 12 Juin.

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