INTERVIEW - Olivier Meyer, directeur du Théâtre de l'Ouest Parisien

04/05/2011 - 09h57
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© Jean-Baptiste Millot

A l’occasion du premier Festival Seules… en scène, qui se déroule du 6 au 25 mai au TOP de Boulogne-Billancourt, nous avons rencontré son directeur, un homme dévoué au théâtre et aux artistes.

Propos recueillis par M.-C. Nivière

Etre directeur d’une salle à la périphérie de Paris, c’est à la fois être presque parisien et banlieusard ?

Je dirais que c’est une chance, mais aussi une difficulté. Une chance car il y a le réservoir de Paris et des Parisiens, le métro n’est pas loin. La difficulté vient du nombre de propositions théâtrales à Paris. Le TOP demeure un théâtre de proximité. Nous avons beaucoup de Boulonnais qui viennent car c’est leur théâtre.

Un théâtre qui leur propose des créations.

C’est vrai que nous faisons beaucoup de créations, mais nous avons aussi instauré un compagnonnage avec des artistes. Vous savez, ils sont nombreux à chercher, sans toujours le trouver, un endroit pour créer un spectacle. Nous leur permettons de travailler en mettant à leur disposition le théâtre comme le studio, en leur laissant le temps. Il est vrai qu’en France, il n’y a pas de succès sans passage par Paris. C’est là que les journalistes voient leur travail. Beaucoup de directeurs, même de province, de programmateurs, viennent à Paris découvrir les spectacles. C’est là que notre proximité de la capitale trouve sa légitimité.

Comment élaborez-vous votre saison ?

Il y a une fidélité avec des metteurs en scène dont j’apprécie le travail, comme Sophie Lecarpentier, Frédéric Maragnani, Bérangère Jannelle, Laurent Laffargue… Même si ce dernier n’est pas venu depuis un moment, j’ai commencé avec lui. Et il y a des coups de cœur, souvent des spectacles repérés par la profession et auxquels on offre une seconde chance d’être vus. Comme Tempête sous un crâne, Le Mardi à Monoprix, que nous programmons la saison prochaine. J’ai la chance d’être dans un théâtre tout près de Paris que les professionnels et les journalistes ont repéré comme lieu de création. C’est ma sixième saison et je crois, j’espère, avoir réussi à faire vivre ce théâtre.

Il doit y avoir des contraintes…

Les véritables contraintes sont plus d’ordre technique car les dimensions de plateau, malgré une récente rénovation ne permettent pas d’accueillir un certain nombre de très passionnantes productions contemporaines. Elles sont également d’ordre budgétaire car les recettes de billetterie sont limitées par la capacité de la salle, soit 380 places. Mais tout ceci est au final assez stimulant. Pour faire face à la concurrence féroce en Ile-de-France et pour faire vivre le lieu, nous proposons des créations, que l’on accompagne même au-delà de Boulogne comme Guillaume Gallienne, dont le spectacle est produit par le TOP.

Et il y a le partenariat avec la Comédie-Française…

Muriel Mayette m’a proposé de travailler avec le Français sur les productions du Studio-théâtre. Notre public est très sensible à ce partenariat. Nous avons coproduit, entre autres, Le Loup de Marcel Aymé, A la recherche du temps Charlus, le spectacle de Jacques Sereys… Mais notre relation avec le Français va plus loin, car nous accueillons beaucoup de comédiens de la Maison, comme Denis Podalydès, Christian Gonon.

Et c’est de chez vous qu’est partie la belle aventure de Guillaume [Gallienne].

C’était une commande que nous lui avions faite. Les Garçons et Guillaume à table ! fut un énorme succès. Un conte de fées extraordinaire. Déjà, vous, les journalistes, êtes venus et très vite les articles sont sortis. C’était l’état de grâce, il y avait un ange au-dessus de nos têtes. Inoubliable. A la fin, les gens se battaient pour avoir une place. C’était Johnny au Zénith ! Des queues devant la caisse. Il y avait une jubilation incroyable. Comme quoi le désir de théâtre existe toujours !

Pour éviter toute confusion de genre, Seules… en scène ne veut pas dire one woman show.

Tout à fait ! Ce n’est pas, bien que je n’aie rien contre, un festival d’humour. On est au théâtre avec des comédiennes, et des grandes, qui sont seules sur scène. Ces artistes nous font entendre des auteures femmes comme Marguerite Duras, Michèle Guigon, Madame de Lafayette, Marina Tsvetaeva. Et il s’avère que les metteurs en scène sont pour la plupart aussi des femmes.

Pourquoi ce choix ?

Parce qu’il y a de plus en plus de propositions de grande qualité artistique qui mettent en valeur le talent de comédiennes seules en scène, parce qu’il est assez clair que notre société ne donne pas aux femmes la place qu’elles méritent, sur tous les plans y compris artistique. On peut mesurer le degré de sociabilisation d’une société à la place qu’elle accorde à la femme. Ensuite, il est vrai qu’il y a moins d’espace pour elles au théâtre. La chose qui m’intéresse le plus est la qualité de l’interprète et de la proposition. Nous avons là une véritable variété. Il y a des spectacles que l’on reprend et des créations. Les filles, dont la plupart ne se connaissaient pas, se sont tellement bien entendues qu’elles ont désiré faire quelque chose ensemble pendant le festival.

Et si vous nous présentiez les sept spectacles ?

1. Natacha Régnier dans Vivre dans le Feu d’après les carnets de Marina Tsvetaeva, mis en scène par Bérangère Jannelle.

C’est un sommet de la poésie, servi par une metteure en scène et une interprète de grand talent. C’est une création qui se retrouvera la saison prochaine, dans le cadre du Festival d’Automne, au Théâtre de la Ville.

2. Caroline Silhol dans La Dernière Conférence de presse de Vivien Leigh de Marcy Lafferty, mise en scène par Michel Fagadau.

Là, nous avons une grande comédienne qui évoque la mémoire d’une star d’Hollywood, mais aussi une époque fascinante qui a disparu.

3. Faïza Kaddour dans son texte Le Frichti de Fatou, mis en scène par Jean-François Toulouse.

Accompagnée par la musicienne Agnès Doherty, elle nous raconte ce que cela peut donner d’appartenir à deux cultures, algérienne par son père et bretonne par sa mère. Mais c’est aussi un témoignage sur la résistance des femmes, qui devraient avoir les mêmes droits que les hommes.

4. Michèle Guigon dans son nouveau spectacle Pieds nus, traverser mon cœur, mis en scène par Anne Artigau.

Elle va vraiment le créer chez nous, je n’ai donc encore rien vu. Mais je sais que ce quatrième solo va être dans la continuité de son hymne à la vie malgré tout et qu’il faut faire son miel de toutes les épreuves. Elle est étonnante !

5. Marie-Armelle Deguy dans Histoire de la princesse de Montpensier de Madame de Lafayette.

Là encore une création, là encore une grande comédienne. Accompagnée à la harpe par Constance Luzzati, elle va nous faire entendre ce beau texte de la littérature française, un suspense amoureux.

6. Meriem Menant dans Emma la clown sous le divan

C’est un sacré phénomène. Je sais qu’elle est en création d’un nouveau spectacle mais je tenais à avoir celui-là, tellement original, où, par l’art du clown, elle s’attaque au monde psychanalytique.

7. Nathalie Grauwin dans L'Amie ou Des journées entières avec Marguerite Duras d’après Michèle Manceaux, mise en scène par Philippe Honoré.

Un spectacle que l’on m’a conseillé et que je suis heureux d’accueillir. Il raconte les relations entre les femmes. C’est le génie monstrueux de Duras confronté à une amie.

Seules... en scène au Théâtre de l’Ouest Parisien

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