INTERVIEW - Sébastien Azzopardi et Sacha Danino, duo gagnant !

29/06/2011 - 10h18
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© B. Perroud

Après leur association fructueuse et délirante sur Le Tour du monde en 80 jours et Mission Florimont, ils récidivent avec Dernier coup de ciseaux, une comédie-policière de Marilyn Abrams et Bruce Jordan, qui depuis trente ans enchante les Américains.

Propos recueillis par M.-C. Nivière

Comment se passe votre écriture à deux mains ?

Sébastien Azzopardi : on travaille tous les jours ensemble. C’est comme une partie de ping-pong, l’un arrive avec une idée et l’autre rebondit. Quand l’un est claqué, l’autre le motive. C’est l’anti-page blanche.

Sacha Danino : dire qui fait quoi est difficile, tellement c’est imbriqué. Sébastien est plus à cheval sur la dramaturgie et moi sur la syntaxe. Il est aussi très bon sur les didascalies. Ce qui est assez amusant parce qu’ensuite, il fait la mise en scène !

S.A. : l’idée d’une scène ou d’un rebondissement est souvent tellement malaxée que nous-mêmes nous ne savons plus qui a fait quoi. Je pense sincèrement que si on écrivait chacun de son côté, on n’aurait pas le même style.

C’est avec Le Tour du monde en 80 jours que votre collaboration a démarré, dans quelles circonstances ?

S.A. : j’étais au Lucernaire avec Le Barbier de Séville qui marchait bien. La direction m’a demandé si je n’avais pas quelque chose dans mes cartons. J’ai répondu Le Tour du monde. En réalité, je n’avais qu’une ébauche de dix pages. Je suis allé voir Sacha à qui j’ai dit que cela urgeait et qu’il fallait vite écrire le texte.

S.D. : du coup, il m’a obligé à lire le bouquin de Jules Verne !

S.A. : il m’a engueulé en me demandant pourquoi je lui avais fait lire, alors qu’on n’allait écrire que des conneries. On a eu peu de temps pour l’écriture, mais il y a eu comme une évidence.

S.D. : c’est parti tout seul et c’est arrivé très vite !

Ecrire une comédie n’est pas aussi simple qu’on peut le penser.

S.A. : ce qui est compliqué, c’est que ce n’est pas l’histoire qui fait rire. Une vanne est rarement gratuite. Il faut une situation, un enjeu pour les personnages, garder un ton léger tout en cherchant le sérieux qu’il y a derrière.

S.D. : si on ne faisait que de la vanne au détriment de l’histoire, cela ne tiendrait pas debout.

S.A. : d’autant plus que tout a été déjà raconté. C’est par le dialogue, les rebondissements, que l’on peut rendre intéressante une situation déjà vue cent fois.

Avec Dernier coup de ciseaux, vous abordez l’adaptation, un exercice de style particulier…

S.A. : toute la difficulté est de rester fidèle ! Cela implique un dosage. Une vanne américaine ne va pas forcément marcher en France et il faut trouver comment la faire fonctionner. Adapter n’est pas faire un copier-coller. C’est à la fois une liberté et une contrainte. Si l’on touche à la structure, cela s’effondre. Mais nous nous sommes sentis assez libres pour y mettre notre patte afin que le spectacle nous ressemble. Tout n’est qu’une question d’équilibre, entre l’œuvre originale et notre sauce.

Comment cette pièce est-elle arrivée entre vos mains ?

S.A. : mon agent m’a envoyé la découvrir à Washington. Je ne savais rien de ce que j’allais voir. La pièce débute et je me dis : « C’est une comédie. » Puis : « Ah non, c’est un policier ! » Et tout à coup, la lumière se rallume dans la salle et les gens se mettent à parler. Je me suis dit alors que c’était une création artistique excitante à faire, d’autant que cela allait à la rencontre de notre univers.

S.D. : cela nous permettait de souffler car c’était une mécanique différente de celle du Tour et de Florimont. On allait pouvoir montrer qu’on était capables de faire autre chose.

Cette comédie est inspirée d’un travail très sérieux du psychologue Paul Pörtner…

S.A. : il avait écrit une pièce pour analyser les réactions du public, voir comment en plaçant les spectateurs comme témoins, ils allaient interpréter ce qu’ils voyaient et entendaient. Pourquoi tel personnage fait telle chose ? Qui est ce gars à la mallette ? Cette interactivité a une base précise qui est compliquée à mettre en place. Le premier soir, on s’est vraiment demandé si le public allait réagir ou pas…

L’interactivité ne comporte-t-elle pas des risques ?

S.D. : il faut que le comédien qui joue le policier aime parler avec le public. Ce qui est le cas pour Olivier Solivérès.

S.A. : il le faisait déjà dans Florimont. Nous nous sommes rendu compte que si on donne la parole aux spectateurs, ça chauffe. Et ceux qui ne participent pas, ils regardent les autres. Certains soirs, c’est toute la salle qui part, d’autres, la moitié. Cela reste spectaculaire. On plonge les gens dans un Agatha Christie, mais sur le ton de la comédie.

Si on revenait à ce Tour du monde, 1 500 représentations, un succès phénoménal !

S.A. : tous les soirs, la salle pleure de rire. C’est tellement rare d’avoir cette stabilité sur plusieurs années. A chaque nouvelle saison, on se dit que l’on ne peut pas faire plus, et l’on fait une meilleure année ! La grande chance, ce sont les acteurs, c’est sur eux qu’aujourd’hui le succès repose. Le metteur en scène ne peut plus rien faire, les marques sont très fortes. Les créateurs des rôles ont été très investis dans ce spectacle. C’est grâce à eux si cela a duré aussi longtemps.

S.D. : et puis, il y a le phénomène Café de la Gare. Si on avait repris au Marigny ou à la Colline, cela n’aurait pas fait la même chose (rire). Ce lieu était fait pour le spectacle.

S.A. : au Café de la Gare, il y a une ambiance particulière, un peu « comme à la maison », ils sont heureux de nous garder depuis quatre ans. Comme il y a plusieurs créneaux horaires, il n’y a pas de frustration de création. C’est la chance qu’on a. Alors qu’avec Florimont, on a dû céder notre place au Tristan Bernard pour cette raison.

Mais cela n’a pas empêché Florimont de poursuivre sa mission, divertir le public.

S.A. : on en est à la 500e représentation. Même si le spectacle a marché tout de suite, sa carrière a été plus difficile à pérenniser. Après le Tristan Bernard, on a joué au Temple, le Leader Price du théâtre. Mais comme pour ce supermarché, quand on n’a rien d’autre, on est heureux d’y aller. Puis la nomination aux Molières comme Meilleure Pièce comique est tombée, et ça a vraiment décollé. On s’est installés au Michel pour quatre mois d’été très heureux et maintenant nous voilà au Splendid. Là aussi, il y a une cohérence entre le public de Florimont et celui du Splendid.

S.D. : même topo que pour le « Tour » à la Colline, cela n’aurait pas pu marcher.

S.A. : mais à la MC93 de Bobigny peut être…

S.D. : trop prolo ! Dites-moi, c’est bien tout ça, mais on n’a pas parlé de foot ?

S.A. : ni de ta mère ! Vous savez, même dans la comédie, on arrive à utiliser notre quotidien, notre vécu !

S.D. : c’est vrai, mais à part ça, il fait pourri pour un mois de juin…

S.A. : on va se dire que c’est bon pour le théâtre !

Dernier coup de ciseaux au Théâtre des Mathurins

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