INTERVIEW - Thierry Harcourt : "Mon rôle est d’être un révélateur, un guide"

02/03/2011 - 09h45
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© D.R.

Il met en scène Frères du Bled, une pièce de Christophe Botti qui place une famille face à son histoire, à ses secrets, à ses silences, et surtout à son passé, la guerre d’Algérie.

Propos recueillis par M.-C. Nivière

La guerre d’Algérie est un sujet encore tabou…

Elle a touché beaucoup de gens et pas seulement ceux qui l’ont faite ou subit. Ceux qui l’ont faite n’en parlent pas. Mon père ne m’a jamais dit un mot là-dessus. Pour l’affiche, j’ai choisi une photo de lui en soldat, ce qui l’a touché, mais contrairement à ce que j’espérais, ce n’est pas pour autant qu’il m’a parlé de sa guerre. L’histoire met en scène une famille qui, vingt ans après la guerre d’Algérie, s’apprête à célébrer la disparition du père, qui s’est donné la mort quelques temps après leur arrivée en France. Le petit dernier revient d’Alger avec l’explication.

L’action principale se passe en 1980, pourquoi ?

C’est important car cela met en lumière les enfants et non les petits-enfants… Ils ont vingt ans. Nous sommes tous faits de la somme des influences que nous avons reçues. C’est un conte. J’aime l’idée de la grande histoire vue par le prisme de la petite histoire. Pour moi le théâtre est politique. Si on arrive à faire passer l’idée que ce petit con de François comprend que le racisme n’est pas une solution, c’est important. Je pense, et je suis peut-être naïf, que les gens peuvent changer en entendant des choses et le théâtre sert à cela.

Cela aborde aussi le secret de famille, celui qui empêche de se parler, de s’aimer…

S’il n’y avait pas eu le courage du petit dernier, qui a été jusqu’à retourner là-bas, le silence aurait pu durer encore longtemps. La construction d’un être se fait aussi en fonction des éléments extérieurs, des choix que cela implique… Par rapport à la guerre, il est difficile de juger, parce que l’on ne sait pas ce qu’on aurait fait. C’est au nom de l’amitié qu’Abdallah a choisi d’entrer dans l’armée française et qu’il en est mort. Que cette mort a détruit Maurice (Manuel Blanc), le père, et toute la famille.

Une famille au bord de l’implosion…

Marcelle, la mère est dans la retenue, le silence. « Je veux me taire pour votre bonheur. » Au début, les jumeaux, François (Robin Causse) et Jasmine (Déborah Grall) ont encore une part enfantine. François est caricatural, puis il évolue… Jasmine est l’ado rebelle aux idées larges qui va aiguiser son opinion. Djalil (Issame Chayle), celui qui ne ressemble pas aux autres, va libérer tout le monde. La pièce parle de choses simples qui sont souvent compliquées à accepter. Il est difficile d’aller vers les gens, de les regarder dans les yeux et leur dire qu’on les aime. Au théâtre, la distance est ce qui permet à chacun d’entrer dans une pièce.

Gabrielle Lazure, si aérienne, cérébrale, dans le rôle de Marcelle, voilà un beau contre-emploi…

Je voulais que Marcelle soit blonde alors que ses enfants sont si bruns. Gabrielle a quelque chose d’élégant, mais cette élégance est celle d’une femme et non celle issue de l’éducation. Elle possède la grâce de Grace Kelly, mais elle a aussi un côté terrien, qui sied bien au personnage de Marcelle. Cette femme a quelque chose d’asséché et pour la première fois, elle s’autorise à ouvrir les vannes pour laisser sortir les flots d’émotions, de sentiments. Jusque-là, elle s’était retenue de vivre.

Le travail de Jacques Rouveyrollis sur les lumières a son importance.

L’évolution qui a lieu sur plusieurs années se montre par le passage des lumières… Je travaille avec Jacques depuis des années. Il assiste au premier filage puis on discute. De-là naissent les images et les idées. Au début, il va installer pendant quelques secondes le soleil de l’Algérie pour ensuite suggérer. C’est un grand artiste. C’est aussi une histoire de timing. Tout comme pour la musique, qui a été composée par Karim Medjebeur, je sais où je la place.

Votre parcours est atypique, votre carrière a démarré à Londres...

Jeune, j’ai suivi une formation de comédien chez Florent… Je suis allé à Londres pour changer d’air. J’avais de quoi vivre pour 15 jours, et lorsque je n’ai plus eu d’argent, au lieu de rentrer à Paris, je suis resté. J’ai fait divers boulots avant de retourner à la case acteur. Puis un jour, un ami qui n’avait plus de metteur en scène m’a proposé de le remplacer. J’ai adoré cela. Ce qui m’intéresse c’est le jeu, les comédiens et l’histoire que l’on doit raconter. Mon rôle est d’être un révélateur, un guide. Cela fait quinze ans que je fais de la mise en scène et cela me rend heureux. Même si en ce moment, les Frères du bled m’empêchent de dormir ! (rires)

Frères du bled au Vingtième Théâtre

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une catastrophe
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Anonyme | le 05/03/2011 à 14h41 | Signaler un abus
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