Itinéraires sans fond(s) - Kumulus

07/05/2008 - 14h58
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Quand les artistes de rue utilisent la voix, ils préfèrent s'isoler, car le contexte urbain est par définition bruyant et ne favorise pas l'audition de textes. Mais, ce faisant, ils font souvent passer au second plan ce qui caractérise la plupart des écritures du trottoir : l'image et l'implication corporelle (des acteurs et des spectateurs). Ce choix n'est donc pas sans comporter certains risques.Dans leurs dernières créations, Délices dada et Kumulus, qu'ils utilisent l'onomatopée ou le sabir, les membres de la compagnie deviennent paradoxalement "bavards", en négligeant toute une part de la communication dite "non verbale". Kumulus, comme Generik Vapeur, interroge dans son spectacle la notion même de rue à travers l'épopée des "sans papiers sans abri" déportés par les guerres, les famines, les soubresauts de la politique et de l'histoire. Ce travail est le fruit de longs mois de recherches et de rencontres, mais manque au spectateur la vérité d'une relation à "l'autre". Celui-ci a besoin de parler dans un premier temps, même si son interlocuteur ne partage pas la même langue, mais il doit ensuite passer à un rapport fait de gestes, de regards, de dessins parfois, où la parole n'a plus cours. Kumulus ne passe presque jamais ce cap, par peur peut-être du vide qu'une communication muette pourrait sembler laisser, mais plus vraisemblablement par peur de l'intimité inévitable qu'une telle démarche entraînerait. Ni le public ni les acteurs eux-mêmes (par ailleurs excellents) n'ont forcément envie de se confronter à cette béance, même si ces derniers s'efforcent de jouer l'illusion par le choix du lieu (un terrain vague au coeur de la zone industrielle) et la présence d'un sabir aux accents slaves, turcs, voire yiddish, et que figurent dans le spectacle des objets évocateurs de vies antérieures brisées ou de rêves utopiques. A cette distance plus ou moins calculée s'ajoute le rythme de déroulement circulaire du spectacle, qui ne favorise pas le rapprochement avec le propos. L'un après l'autre, chacun des protagonistes joue pour un cercle restreint son histoire puis il se déplace et recommence un peu plus loin. Pourquoi les rencontrons-nous ? Pourquoi se laissent-ils approcher ? Pourquoi viennent-ils à notre rencontre ? Bref, quel rôle sommes-nous censés jouer dans cette histoire ?Le spectacle, encore frais - circonstances de grève obligent - n'a encore connu que peu de représentations. Or dans la rue, encore plus que dans les autres formes de spectacle, la confrontation avec l'espace et avec le public est décisive. C'est en conditions réelles que le rythme se trouve, que l'écriture se resserre, que les artistes voient "ce qui fonctionne" plus ou moins bien. La rue, le public font donc partie de l'outil de travail de ces artistes et c'est notamment pour cela que certaines compagnies avaient décidé de jouer à Chalon-Sur-Saône. Kumulus, Generik Vapeur, Délices dada, Burattini souhaitaient pouvoir non seulement s'exprimer, dialoguer avec le public, mais aussi tester et roder leurs spectacles pour pouvoir continuer à exercer leur art. Il ne s'agissait pas uniquement de sauvegarder des cachets et des conditions économiques menacées, comme cela leur a été reproché. Un spectacle qui ne se joue pas n'a aucune chance d'exister, de s'améliorer. Attendre "septembre" et les actions de diffusion solidaires qui tentent de se mettre en place, reviendrait pour les artistes de rue - à la différence des artistes de salle qui ont tout le reste de l'année pour s'exprimer - à renoncer aux seules occasions de se confronter à la scène du bitume. C'est donc la qualité de leur art que ces compagnies, par ailleurs solidaires du mouvement des grévistes, ont choisi de sauver, et non pas seulement leur statut.Itinéraire Sans Fond(s) Cie Kumulus - création 2003Direction artistique : Barthélémy BompardDu 17 au 19 juillet 2003 à Chalon-Sur-Saône[illustration : Photo : Gerardo Sanz, Cie Générik Vapeur (voir la fiche technique)]

- Lire l'article du 15 juillet : L'été dans la rue- Lire l'article du 18 juillet : Chalon dans la rue : en grève ou pas ?- Lire la chronique de Pass' partout - Cie Generik Vapeur. - Lire la chronique de Théâtre du mélodrame, le manchot - Cie Burattini.- Lire la chronique de Itinéraires sans fond(s) - Cie Kumulus.Le guide des festivals de rue 2003:- Le site de Chalon dans la rue- Aurillac 2003 : lire la présentation.- Le site du Festival d'Aurillac

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