L'Oubli, toucher du bois de Christian Rizzo

27/05/2010 - 14h41
  • 0
L'Oubli, toucher du bois de Christian Rizzo

Un cube de bois comme l'intérieur d'un sarcophage... « {Toucher du bois} », dit le titre après la virgule : le long de la matière lisse et froide, mais bien vivante, les corps glissent, roulent, s'enroulent et se séparent. Au départ, des objets occupent le plateau, les plus quotidiens qui soient, ceux du vocabulaire rizzien : une plante verte, un aspirateur, un escabeau. Ils sont évacués petit à petit par un groupe de jeunes hommes, tandis que reste assis un personnage plus âgé (Jean-Louis Badet), qui patiemment enroule le fil d'une pelote. Figure du temps ? Oui, mais c'est une Pénélope inversée, qui avale le temps au lieu de le dévider. Plus tard dans la pièce, les danseurs avancent à reculons : le temps est ici en mode rewind.Espace métaphysiqueDe sa formation de plasticien, Christian Rizzo a gardé un sens précis de la forme et de l'agencement dans l'espace. La danse, pour le chorégraphe, serait la résolution de la présence des corps dans l'espace — présence qu'il annihilait de manière révolutionnaire avec sa première pièce, en 1999, {100 % polyester, objet dansant n°...}, qui ne mettait en scène aucun corps, seulement des vêtements. La boîte scénique, conçue avec Frédéric Casanova, évoque par ses lignes de fuite outrés les boîtes perspectives de la Renaissance, qui servaient aux peintres à ordonner leurs compositions. Trois portes, sur chacune des parois, offrent de possibles échappées à cet espace abstrait et désespérément vide, qui fait songer aux peintures métaphysiques de Giorgio De Chirico. La musique originale signée Sylvain Chauveau, notes de piano entrelardées de quelques sons saturés et d'une voix fredonnante, et la lumière grisée, comme une pénombre rassurante (par Caty Olive), ajoutent à la sensation de rêve éveillé, d'un état d'entre-deux, de limbes, avec ses ombres qui rasent les murs.De mort, il est ici question de manière assez nette. Si elle équivaut à l'oubli, premier mot du titre, la pièce peut s'envisager comme un long rituel destiné à le conjurer. Les corps, portés par les uns et les autres, deviennent tour à tour des objets sans vie. Une silhouette noire, incarnée par des danseurs différents au long de la pièce, personnalise de façon assez grotesque l'« ombre » des vivants (faisant écho à une exposition organisée à l'automne dernier par Christian Rizzo, et qui avait pour thème le fantôme), matérialisée plus loin par la projection des silhouettes des danseurs sur les parois du cube. Formellement, ces incartades maniéristes font sourire — comme un peu plus tard une ronde très modern dance —, et dédramatisent le propos. Pièce zen, {L'Oubli, toucher du bois} fait peu à peu le vide. Le vieil homme réapparaît de temps à autre, danse avec une jeune femme (Tamar Shelef) dont le corps hoquète, puis est enveloppé dans une couverture avant d'être emporté par le cortège de jeunes hommes, dont les vêtements ont au passage perdu leurs vives couleurs initiales. Comme des concrétions humaines, les danseurs forment des rondes, s'enlacent, roulent, se figent, s'assemblent et se désunissent. Dans la torpeur qui gagne, un horizon de lumière jaillit et s'élève, illuminant des mâts dressés comme des stèles, au sujet desquelles Christian Rizzo assume l'allusion au monolithe de {2001: L'Odyssée de l'espace} de Stanley Kubrick, et à ce que le cinéaste nommait « {la zone fertile de l'ambiguïté} ». Un magma sonore accompagne le noir final, comme un rayonnement cosmique.Photos © Marc Domage {L'Oubli, toucher du bois}, de Christian Rizzo, au Théâtre de la Ville, Paris, du 26 au 28 mai 2010. Puis au Festival de Marseille, les 26 et 27 juin ; au Toboggan de Décines les 4 et 5 novembre ; au deSingel, à Anvers, le 27 novembre ; à la MC2 de Grenoble du 1er au 3 décembre ; à la Scène nationale d'Orléans le 16 décembre ; à l'Opéra de Dijon le 30 janvier 2011 ; à l'Apostrophe, Cergy-Pontoise, le 11 février 2011.

Ils ont aimé
COMMENTAIRES
Connectez-vous en cliquant ici pour laisser un commentaire en utilisant votre pseudo. Si vous ne vous loguez pas, votre commentaire n'apparaîtra qu'en ANONYME.
    Sur scène
    • Une Puce, épargnez-la Théâtre Comédie française - Théâtre Ephémère Paris > Réserver
    • Vous Avez Quel Âge ? Théâtre Théâtre de Paris Paris
    • Jean Louis Fernandez Temps Théâtre
      Théâtre contemporain
      Théâtre national de Chaillot Paris > Réserver
    • Kev' Adams - The Young Man Show Théâtre
      One man show
      Olympia Paris > Réserver
    • Mathieu Madenian Théâtre
      One man show
      Théâtre Trévise Paris > Réserver
    • Lamine Lezghad Théâtre
      One man show
      Théâtre le Temple Paris > Réserver
    • Jean Barak Josette Baïz - Les 20 ans de Grenade Danse
      Danse contemporaine
      Théâtre de la Ville Paris > Réserver
    • Herman Sorgeloos Peeping Tom - A louer Danse
      Danse contemporaine
      TNT-Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées Toulouse
    • Philippe Decouflé - Panorama Danse La Passerelle Saint-Brieuc > Réserver
    > Tous les spectacles à l'affiche
    Coups de coeur
    • Fred Kihn Réserver Une Mouette Théâtre
    • Réserver Si ça va, bravo Théâtre