Pitbull - Stéphanie Loïk
En bon « auteur contemporain » adoubé par l'institution, Lionel Spycher semble vouloir prendre en charge toute la misère du monde. Sur le thème plus tout à fait neuf de «la banlieue, c'est pas rose, la banlieue c'est morose», Pitbull trace les trajectoires, plutôt descendantes (Thomas le junkie qui «marche vers la mort», Leïla « qui ne pourra pas le sauver et se perdra même avant lui »), voire carrément en chute libre (Hakim qui se jette du haut d'une tour) de cinq jeunes personnages dans un décor de cité-dortoir.Mais, tout désespéré qu'il est (Princesse, qui incarne «l'espoir de la cité», a la vengeance pour tout horizon), le tableau n'est pas pour autant mortifère : l'écriture de Lionel Spycher est même d'une étonnante vitalité. Tournant le dos au réalisme et à l'action au sens classique du terme, elle tire un lyrisme tranchant d'un fatum banlieusard pourtant banalisé par dix ans de création musicale et cinématographique (le «banlieue-film », concept popularisé par les Cahiers du cinéma).Spycher réussit même quelques échappées originales sur le motif de la verticalité («Une cité est dans les nuages parce que les architectes ont dessiné des nuages sur les tours et les blocs pour cacher tout ça dans le ciel.») et autour du personnage de Luc, qui fait combattre son chien Mike Tyson dans les caves de la cité. The more i see men, the more i like dogs. Sauf qu'ici on ne sait plus très bien qui est homme et qui est chien. Mais si l'écriture de Lionel Spycher mérite le détour, c'est aussi qu'elle est bien servie (à tous les sens du terme) par la mise en scène de Stéphanie Loïk. Son parti pris de faire « danser » le texte par quatre comédiens-danseurs (d'ailleurs remarquables de rigueur), sans tomber dans le cliché hip-hop, matérialise la violence de ces petits soldats, chair à canon d'une société en guerre contre elle-même, et permet à cet univers d'échapper au sordide.Reste que la potion est amère et que l'heure et demie que dure le spectacle est plus éprouvante qu'agréable. Un peu d'humour, voire une touche de glamour, auraient été les bienvenus. En l'état, Pitbull s'adresse aux amateurs de boissons fortes. Noir, c'est noir. La prochaine fois on préférerait sucré avec un nuage de lait.Pitbull de Lionel SpycherMise en scène de Stéphanie LoïkAvec Daniela Labbé, Céline Lefèvre, Stéphane Medez, Bertrand Suarez-Pazos, Jacques Labarrière (musique)Jusqu'au 1er juin au Théâtre d'Ivry Antoine VitezRéservations 01 46 72 37 43[illustration : Pit-Bull, Photo Copyright LE AHN]
- Agenda : La Suspension du plongeur, du même auteur, sera présenté au Théâtre du Rond-Point du 23 mai au 29 juin 2003. - Lionel Spycher sur Théâtre-contemporain.net.
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