Polémique autour du dernier Castellucci : on cherche toujours le blasphème...

21/10/2011 - 17h36
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Polémique autour du dernier Castellucci : on cherche toujours le blasphème...© Klaus Lefebvre

La première de la dernière création de Romeo Castellucci a suscité hier soir un sacré remue-ménage au Théâtre de la Ville à Paris. Intitulé Sur le concept du visage du fils de Dieu, le spectacle, présenté cet été au Festival d'Avignon, suscite en effet une réaction violente chez un groupuscule d'extrémistes chrétiens qui y voit là une œuvre blasphématoire et la taxe de "christianophobe". Et si on démêlait un peu tout ça...

Jeudi 20 octobre, aux alentours de 20h, l'entrée du Théâtre de la Ville a été le lieu d'un spectacle pour le moins surprenant : trois camionnettes des forces de l’ordre campaient place du Châtelet tandis qu'un groupe de CRS faisait barrage à des manifestants en colère. Les portes du théâtre bloquées, le public ne pouvant y accéder. Aux alentours, d'autres manifestants plus calmes distribuaient des tracts en provenance de l'institut Civitas, appelant à la "manifestation contre l'antichristianisme", à base de slogans du type "Assez des provocations christianophobes !", "Défendons le Christ !". L'objectif évident de l'opération était d'empêcher la représentation d'avoir lieu. Mais les raisons, elles, sont moins évidentes. Car s'ils se positionnent en tant que défenseurs d'une cause, c'est bien qu'ils considèrent avoir été agressé à ce niveau-là. Or, la plupart des manifestants, à la question, "Avez-vous vu le spectacle ?" répondent "j'ai lu beaucoup de choses dessus". Il ne s'agit donc pas d'une réaction à chaud en rapport avec l'œuvre elle-même qu'ils n'ont pas vu, mais bien d'une colère indirecte nourrie par ce qui a été écrit à son sujet.

Premier point : pourquoi ne pas aller voir la pièce qui les révolte pour se faire un avis personnel dessus et générer un débat d'opinion ? Ce n'est apparemment pas la curiosité de cette poignée de gens qui se disent offensés sans connaître l'objet de l'offense. Et qui s'octroient le droit de priver les spectateurs du spectacle qu'ils désirent voir. Et c'est bien là qu'est le problème. Que ces gens là se sentent blessés dans leur foi, c'est leur droit. Qu'ils viennent imposer leurs convictions en sanctionnant le public et les comédiens en jeu, on tombe immédiatement dans les travers d'un diktat de pensée. Car les perturbations ne se sont pas limitées aux échauffements à l'extérieur de l'enceinte du théâtre. Le temps de rapatrier en sécurité tous les spectateurs à l'intérieur du théâtre, la représentation a enfin commencé avec trois quart d'heure de retard, jusqu'à ce que, une petite quinzaine de minutes après le début de la pièce, quelques activistes infiltrés au milieu des spectateurs, montent sur scène en déployant une banderole : "Christianophobie, ça suffit", levant le poing en direction du public et hurlant on ne sait quoi, leurs cris ayant été immédiatement relayés par ceux du public, debout, outré, réclamant leur départ du plateau et criant au droit à la liberté d'expression. Chaos général : le service d'ordre du théâtre tente sans succès de les déloger sans violence. En petit nombre, six ou sept, les "chrétiens offensés" font corps en s'agenouillant bras dessus bras dessous et entament des chants religieux – à moitié inaudibles dans la confusion générale - tandis que l'un d'entre eux égrène un chapelet. Intervention des CRS et du directeur du Théâtre de la Ville, Emmanuel Demarcy-Mota, qui nous annonce que Roméo Castellucci va tenter de discuter avec eux afin de pouvoir reprendre le déroulement de la représentation. Le grand rideau noir du Théâtre de la Ville est tiré. Entracte. Dix minutes après, le spectacle reprend et s'achèvera sans heurt.

Mais ce à quoi on a pu assister, choqué, ce soir-là, c'est au spectacle honteux, absurde et sans issue, de l'intégrisme religieux dans une de ses formes les plus non violentes au sens physique du terme mais non moins agressive et dangereuse. Car de blasphème et de « christianophobie », on n'en a point vu dans Sur le concept du visage du fils de Dieu. On a tant écrit sur le spectacle qu'effectivement, certains pensent l'avoir vu. C'est oublier la qualité intrinsèque à toute œuvre d'art : sa polysémie d'interprétations et de ressentis. La pièce de Castellucci est riche, ouverte sur un champ de lecture aussi vaste que le nombre de spectateurs dans la salle ce soir-là. Elle n'impose rien, elle. Le visage du Christ impassible, élément monumental et central du décor et de la pièce, aura assisté hier soir à une double scène : l'une, tragique et belle, celle d'un homme confronté à l'incontinence de son père, qui, sans faillir, le nettoie, le soutient, sans jamais l'abandonner ; l'autre, tragique et laide, celle d'une minorité obtuse, qui décide que son avis compte plus que les autres et veut le faire savoir à tout prix, dans un lieu et un temps inapproprié, agissant sans le moindre respect d'autrui. Ils n'ont vu de la pièce en tout et pour tout que 15 minutes, ils n'ont pas vu de différence entre la foi chrétienne et l'utilisation d'une représentation picturale au sein d'une représentation théâtrale, pas vu que la toile sur laquelle vient s'imprimer le visage du Christ a beau être tachée et déchirée, elle l'est depuis l'intérieur et non depuis l'extérieur, ce qui inverse les points de vue, qu'une fois détruit, le visage réapparaît à la fin, aussi immaculé qu'au début, que le texte "You are (not) my shepherd" laisse le choix quant à l'intégration ou non du "not" dans la lecture -les trois lettres du mot restant dans l'ombre tandis que le reste de la phrase est lumineux-. Où est le blasphème ? Au ras des pâquerettes d’un mouvement effrayant, non seulement par les pensées qu’il véhicule, mais surtout, par l’étroitesse de ce champ de pensée qui ne laisse pas de place pour une pensée contradictoire.

Hier soir, au Théâtre de la Ville, ce ne sont pas des individus défendant un point de vue que l’on a observé mais une communauté agressive et radicale dans laquelle chacun évite de penser par soi-même pour mieux se rassurer dans une opinion collective. Hier soir, on a assisté à un spectacle de marionnettes. Des marionnettes manipulées par le commanditaire de cette manifestation, gourou peu civilisé caché sous le nom de Civitas qui tire les ficelles de ses agneaux perdus et attise leur sentiment d'être bafoués par les grands méchants artistes et libres-penseurs. Un petit tour sur le site www.civitas-institut.com, cité sur les tracts, donne la température des dégâts provoqués par de tels mouvements d'extrémisme religieux. On peut y lire ce genre de choses : "Face aux provocations antichrétiennes, il n'y a pas de place pour les tièdes." ou encore "Le chapelet, arme de grâces massives. Les vrais hommes prient le rosaire".

On croit rêver... L'intégrisme religieux fait son miel de peu. C'est d'une absurdité confondante, d'une inquiétante actualité. Cauchemardesque.

Par Marie Plantin.

 

>>Voir notre critique du spectacle

>> Voir la réponse de Romeo Castellucci aux manifestants

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COMMENTAIRES
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Suite et fin. Je suis l'anonyme qui a déposé un commentaire le 23 octobre à 0h23. Ma connexion internet a été interrompue dès le lendemain. Je savais que cela se pratiquait en Chine régulièrement lorsque des propos dérangeant le pouvoir étaient émis, mais là je suis baba!
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Anonyme | le 13/11/2011 à 00h14 | Signaler un abus
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Est-on vraiment libre lorsqu'on peut insulter son voisin, moi je dis qu'il ne faut pas abuser de la liberté. La liberté qu'on d'autres à insulter mon Dieu, m'insulte au plus profond de mon âme !
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Anonyme | le 31/10/2011 à 08h57 | Signaler un abus
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Quel qu'il soit, le fanatisme religieux est terrifiant. Pour répondre à l'un des commentaires, je suis aussi peu choquée par un spectacle qui utilise l'image du Christ que par une caricature de Mahomet. Quelle est la profondeur de votre foi pour qu'elle se sente agressée par un simple spectacle ? Quel Dieu se laisse entaché par ces broutilles terrestres et a besoin qu'on prenne sa défense ? C'est proprement ridicule. Petit conseil de lecture pour mieux comprendre la vertu catharsique du théâtre : "Le Théâtre et son double" d'Antonin Artaud. Vous y apprendrez que le théâtre a pour rôle de mettre en scène les interrogations, les passions (mêmes et surtout les plus noires) de l'homme. Le spectateur, frappé de terreur, en sort guérit.
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Anonyme | le 25/10/2011 à 20h39 | Signaler un abus
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Réponse à 10h59 : Justement, sorties de leur contexte, les images parlent comme on veut bien les faire parler. Nous ne parlons pas d'images mais de théâtre justement, à savoir la mise en perspective de ce tableau (vous sembler confondre le Christ et sa représentation) et de l'action scénique qui a lieu en parallèle. Vous ne détenez pas le monopole de la foi chrétienne, cela dit en passant.
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Anonyme | le 24/10/2011 à 11h19 | Signaler un abus
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Réponse à 10h44 Vous ne manquez pas d'aplomb, Les images priment sur les mots: http://www.rue89.com/sites/news/files/styles/asset_img_half/public/assets/image/2011/10/romeo_castellucci_2_0.jpg Comme on peut le voir sur cette photographie le visage du Christ est bien souillé par les fèces. J'ai omis de dire qu'en prime les enfants le bombardent de grenades! Inutile d'essayer de mentir, ce "théatreux" est un malade, dans d'autres de ses oeuvres il a fait subir le spectacle d'un viol incestueux d'un enfant de dix ans par son père! Dans un autre un homme est égorgé sur un autel constitué de deux machines à laver! Il peut modifier sa mise en scène à l'infini, cela restera une abjection blasphématoire que tout Chrétien ne peut que condamner. Droles de pratiquants que ceux qui osent cautionner cette infamie fruit d'un cerveau aussi pervers que dérangé!
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Anonyme | le 24/10/2011 à 10h59 | Signaler un abus
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Réponse à 10h31 : assez de balivernes ! La scène avec les enfants ne s'est pas jouée au Théâtre de la Ville car ils n'ont pas pu faire la tournée en raison de leur scolarité. Premier point : vous n'avez donc pas vu le spectacle monsieur ou madame je sais tout. Deuxième point, puisque vous vous êtes renseigné à son sujet, vous devriez avoir lu que ce ne sont pas des excréments que lançaient les enfants lors des représentations avignonaises mais des grenades. Je ne dénie rien. J'ouvre les yeux.
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Anonyme | le 24/10/2011 à 10h44 | Signaler un abus
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Réponse à 00h23 : qu'on n'aime pas le théâtre de Roméo Castellucci, tous les goûts sont dans la nature. Qu'on lui reproche sa pauvreté dramaturgique, voici une remarque d'une pauvreté intellectuelle qui laisse sans voix. Si vous avez vu le spectacle, ce dont je doute fort, vous aviez, pardonnez ma vulgarité, de la merde dans les yeux. Vous n'avez surtout pas envie de voir ce qui nous est proposé sur scène, pas envie de confronter la réalité de ce spectacle à vos idées toutes faites et bien peu personnelles.
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Anonyme | le 24/10/2011 à 10h36 | Signaler un abus
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Réponse á lundi 24 octobre 2011 Vous alliez le mensonge au déni de la vérité: Preuve en sera donnée aux lecteurs en se rendant sur ce lien: http://www.festival-avignon.com/fr/Spectacle/3253 . Après le spectacle affligeant montré par les extraits de cette horreur que les lecteurs curieux de connaitre la vérité regardent le diaporama: Ils verront bien des enfants lancer des excréments sur le visage du Christ. Dommage pour vous mais vous étes pris en flagrant délit de mensonge.
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Anonyme | le 24/10/2011 à 10h31 | Signaler un abus
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Réponse à dimanche 14h19 : à aucun moment "en fin de spectacle des enfants lancent des excréments", comme vous dites. Vous n'avez donc pas vu le spectacle, vous qui vous permettez de le juger ainsi. Il n'y a aucune volonté de "souiller" le Christ, aucune christianophobie. C'est un énorme malentendu et les manifestants se montent la tête pour bien peu de chose. Le catholicisme mérite mieux que ce genre de réactions.
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Anonyme | le 24/10/2011 à 10h00 | Signaler un abus
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C'est tout simplement insensé et blasphématoire le contenu de ce spectacle. Il est tout autant provocateur qu'une caricature de Mahomet pour les musulmans ! Honneur à CIVITAS ! et Bon courage à ses membres.
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Anonyme | le 23/10/2011 à 15h54 | Signaler un abus
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