Siddharta d'Angelin Preljocaj

25/03/2010 - 14h30
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sur FluctuatSous une énorme boule métallique, planète noire ou encensoir gigantesque qui balance au-dessus du plateau une épaisse fumée, des danseurs apparaissent coiffés de casques de moto, sur une musique nerveuse ponctuée d'accents percussifs, lardée ça et là de riffs de guitare : l'« atmosphère mentale » souhaitée par Eric Reinhardt, auteur du livret de ce Siddharta inspiré du roman de Herman Hesse, embarque d'emblée le spectateur dans une ambiance de SF punk rock, qui doit plus à la scénographie et à la musique qu'à la danse elle-même. En effet, pendant les quelques cent minutes de la nouvelle création d'Angelin Preljocaj, sixième pièce du chorégraphe à entrer au répertoire de l'Opéra de Paris, la sensation persiste d'un décalage entre une enveloppe musicale et scénographique à la fois abstraite et expressive, et une danse qui s'épuise dans le signifiant.Esprit vs matièreChorégraphe de la chair en lutte qui mit en scène dans les années 1990 un prosaïque Paysage après la bataille ou un Roméo et Juliette dans un décor de backroom, Angelin Preljocaj est passé récemment à une danse du signe et de la narration, externe au corps, qui retrace en tableaux des récits balisés, dont témoigna en 2008 le spectaculaire Blanche Neige, grand succès public. Abordant ici le thème de la lutte de l'homme entre esprit et matière, qui aboutira à la métamorphose finale de Siddharta en Buddha (« l'Eveillé »), le chorégraphe semble avoir définitivement abandonné la problématique du corps et de la matière pour privilégier le discours et l'intellect.Simplifiant son propos, Preljocaj réduit son vocabulaire chorégraphique à des sauts, déroulés, tensions et extensions, dans un néoclassicisme et une recherche de la beauté du geste assumés. Fort heureusement, Siddharta ne propose pas une reconstitution littérale et tapageuse à la Bollywood de l'Inde du VIe siècle avant notre ère. Même si quelques chevilles et poignets cassés, des bras en couronne à la Shiva, des duos où les danseuses s'enroulent savamment autour de Siddharta et de son compagnon Ananda, évoquant les sculptures érotiques des temples indiens, ou encore des soldats armés de batons performant une sorte de naginata, viennent discrètement rappeler le contexte de la vie du futur Buddha.Décor « indus » de Claude LévêqueMalgré quelques belles trouvailles, comme ce pas-de-deux masculin avec vestes entremêlées, ça n'est paradoxalement pas du corps en mouvement dont on se souviendra dans ce Siddharta, mais plutôt de sensations visuelles d'images fixes. Faisant abstraction du contexte de l'oeuvre, l'atmosphère de friche post-industrielle créée par Claude Lévêque exprime finalement mieux que la danse la lutte entre l'esprit et la matière. D'énormes lingots d'or, mobilier mouvant servant de support aux danseurs, figurent la tentation du matériel qui menace le jeune prince. Une forêt de colonnes dentelées, tels les mécanismes d'un engrenage, représente la forêt dans laquelle Siddharta part vivre en ermite en quête de l'Eveil. Un immense châssis de camion, signature lévêquienne, descend majestueusement des cintres, architecture oscillante où se suspendent les danseurs, qui défocalise le regard du spectateur. A mille lieues des joliesses de la danse de Preljocaj, le décor fait exploser le cadre du récit, comme cette maison dorée tournant sur elle-même, qui donne l'illusion de la troisième dimension : mirage de la richesse et de la propriété, ou objectivation surréaliste du rêve ? Elle apparaît au moment où enfin l'Eveil, danseuse légère au corps spectral (au point de s'envoler dans les airs grâce à un câble, procédé ô combien artificiel) qu'accompagnent des sortes de Sylphides d'un autre monde, va rejoindre Siddharta, blanchi comme un danseur de butô, dans un rideau de lumière aveuglante. C'est l'instant où le corps et l'esprit se retrouvent, on l'avait compris.{Siddharta}, d'Angelin Preljocaj, par le Ballet de l'Opéra de Paris, à l'Opéra-Bastille, du 18 mars au 11 avril 2010. www.operadeparis.frChorégraphie : Angelin Preljocaj. Scénographie : Claude Lévêque. Musique : Bruno Mantovani. Dramaturgie : Eric Reinhardt. Costumes : Olivier Beriot. Lumières : Dominique BruguièreIllustrations :Siddharta © Anne Deniau / Opéra national de Paris

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sur Fluctuat- L'actu de la danse sur le blog scènes- Entretien avec Claude Lévêque

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