The Elephant Vanishes - Simon McBurney

07/05/2008 - 14h58
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Le spectacle annonce la couleur dès son prologue. Venue sur scène pour meubler un soi-disant retard qu'aurait pris par la représentation en raison de la différence de normes entre les projecteurs japonais et français, une comédienne en vient à divaguer sur la vitesse de la lumière. Si l'on allait plus vite que la lumière, imagine la comédienne, on pourrait alors inverser la logique de causalité. La conséquence précéderait la cause. Le temps serait renversé. Mais voilà, le temps ne peut être renversé. Les causes précèdent toujours les effets et, répète un personnage, « ce qui est arrivé est arrivé. Ce qui n'a pas eu lieu n'a pas encore eu lieu. » Nous sommes prisonniers du temps. C'est par l'espace que les comédiens de The Elephant Vanishes essaient de se libérer, par l'explosion de l'espace, minutieusement organisée par la mise en scène de Simon McBurney. Rarement on aura vu une telle exploitation de l'espace scénique. Le metteur en scène ne se prive d'aucune ressource, lumière, vidéo, multiplicité des écrans et des supports de projection, omniprésence de sons, voix, musiques, effets... Utilisés avec une maîtrise qui ne peut qu'impressionner, ces moyens n'excluent pas pour autant les vieilles grosses ficelles du jeu théâtral, un objet pris pour un autre, un comédien faisant semblant de boire, partant avec sa chaise à la fin d'une scène. On est face à une union parfaite de la technologie et du jeu traditionnel, au service d'une puissante vision de la scène dans sa globalité. Grâce à des suspensions, le décor comme les comédiens peuvent s'envoler à tout moment, un lit se redresse soudain, un comédien se couche dans le vide. La scène n'est plus un plancher sur lequel reposent les acteurs et le décor, mais un cube, dont chaque centimètre carré participe au spectacle. Un espace en trois dimensions qui, si l'on y réfléchit, ne devrait pas être si rare au théâtre, au contraire du cinéma. Une espèce d'aquarium, en fin de compte. D'où un sentiment d'apesanteur, très proche de l'univers de l'écrivain japonais Murakami, dont le spectacle met en scène trois nouvelles. Dans l'espace représenté sur scène (sur scène ? ne faudrait-il pas, pour ce genre de création, trouver une autre expression, débarrassée de tout sous-entendu bidimensionnel ? A moins d'entendre sur scène comme : au-dessus de la scène), on comprend qu'un éléphant puisse s'évaporer. Un comédien y nage bien dans les airs. Une femme, oui, peut bien aussi ne pas dormir pendant dix-sept nuits et se démultiplier sur scène. Un couple peut être pris une nuit d'une faim dévorante qui va le pousser à aller braquer un MacDo. Débarrassés de leur pesanteur, les personnages de The Elephant Vanishes sont prêts à basculer dans un univers fantastique parallèle. En demeurant des hommes tout en n'ayant plus aucun poids, en se trouvant débordés par un corps qu'ils ne maîtrisent plus, ils sont même une parfaite métaphore de cet univers, à la fois ancré dans le quotidien et irréel, hanté par l'impuissance des hommes face à des forces dont ils sont l'objet et qui les dépassent. Une telle maîtrise de l'exploitation de l'espace a bien des effets pervers. Fascinés par cet univers, nous perdons le souffle parfois. On étouffe. On cherche le vide, le silence, la faille. Plus encore, notre imagination cherche un espace à investir et se heurte à la perfection des effets. On n'arrive plus à pénétrer sur scène, on est arrêtés par la paroi de l'aquarium. Peut-être ce sentiment est-il à rapprocher de celui qu'évoque Simon McBurney lorsqu'il parle de Tokyo : « Marchez dans la ville et vous serez submergés. Parfois un autre sentiment s'empare de votre âme. Un sentiment d'énormité, de démesure et d'imminence d'un événement. Une entité si gigantesque ne peut continuer à grandir indéfiniment. » The Elephant Vanishes se veut aussi démesuré, aussi vertigineux que son sujet, Tokyo. Et l'on en sort aveuglé par ce trop plein de visions plus encore que par la lumière finale, avec cette dernière phrase résonnant en nous : « Notre monde est tellement lumineux, tellement brillant qu'on y voit plus rien ». The Elephant VanishesD'après trois nouvelles de Haruki MurakamiMise en scène de Simon McBurneyUne création de Complicite, LondresAvec Mitsuru Fukikoshi, Atsuko Takaizumi, Yuko Miyamoto, Keitoku Takata, Ryoko Tateishi, Kentaro Mizuki, Yasuyo MochizukiEn tournée internationale : Du 26 juin au 11 juillet 2004 au Setagaya Public Theatre, Tokyo Du 21 au 25 juillet 2004 au State Theater, New York dans le cadre du Lincoln Center Festival Du 2 au 25 septembre 2004 au Barbican Theatre, Londres Du 20 au 23 octobre 2004 au Power Center, University of Michigan[Illustrations : Photos © Robbie Jack, Tsukasa Aoki, Joan Marcus. Courtesy MC93/Cie Complicité]

- Présentation du spectacle sur le site de la MC93- Présentation du spectacle sur le site Théâtre-contemporain.net- Le site de la Cie Complicite- Visionner une vidéo du spectacle au Format Real Player. 4'25 (Enregistrement Philippe Lingat, octobre 2004. © Festival d'Automne à Paris) - Mnemonic de Simon McBurney (2001)

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