Bien Des Choses

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La critique de Pariscope

( Dimitri Denorme )
  • On ne va pas à l'encontre des avancées technologiques. Mais depuis que les mails et les textos ont envahi notre quotidien, il est un plaisir qui se perd : celui de la correspondance épistolaire. Avec l'humour qui le caractérise, François Morel a choisi de la remettre au goût du jour en l'axant sur l'échange de cartes postales… Dans « Bien des choses », les Brochon écrivent aux Rouchon et inversement. Ici on oublie les beaux paysages, la culture et les traditions d'un pays visité pour s'attarder sur les péripéties, les facéties et petites manies de ces deux couples d'amis. Des récits de vacances vus par le petit bout de la lorgnette en somme… Et c'est précisément ce décalage qui fait tout le sel du spectacle. Il faut dire que chacune de ces cartes postales recèle un petit trésor de cocasserie et d'humour… On retrouve là tout le talent de François Morel pour croquer les gens simples, en se moquant un peu bien sûr, mais sans férocité et avec une tendresse latente. Dans la salle, les rires fusent de toutes parts et sans retenue. Car c'est sans complexe qu'Olivier Saladin et François Morel nous plongent dans cette correspondance pittoresque et désopilante. Une intonation, une mimique, un regard échangé, la complicité est au rendez-vous et le duo est irrésistible. En grands artistes, les deux compères savent nous transmettre avec générosité le plaisir qu'ils prennent sur scène. Et comme leur partition est réglée au millimètre près, on en redemande encore et encore. Voilà un délicieux spectacle qui permet de prolonger le goût des vacances… Si vous n'avez pas eu la chance de le découvrir au Rond-Point la saison dernière, ne laissez pas filer l'occasion qui vous est donnée d'aller l'applaudir à nouveau.

La critique de Pariscope

( Marie-Céline Nivière )
  • Il y a « bien des choses » dont on ne se lasse pas et ce spectacle en fait partie. Il nous raconte bien des choses de la vie ordinaire à travers des échanges de cartes postales. Voilà un sujet qui va parler à plus d'un. Qui n'a pas reçu ces cartes avec un « Bon souvenir de… », « Je pense bien à toi », « Il fait beau… » Ici, ce sont les Rouchon, Madeleine et Roger, qui écrivent à leurs voisins, les Brochon, Janine et Robert, et vice-versa. Ils se promènent un peu partout dans le monde et dans la France. Ils racontent des petites choses, passant souvent à côté de la beauté d'un monde qu'ils ne savent plus regarder. Comme ces cartes ont été écrites par François Morel, vous devinez, sans trop vous forcer, que ce n'est pas triste. « Nous avons été déçus par la Bulgarie à cause de la climatisation du car qui est tombé en panne et le petit-déjeuner n'était pas compris. Il nous tarde de connaître la Grèce où le vin est à volonté et la visite du Parthénon facultative ». Comme Olivier Saladin a mis son grain dans l'élaboration de ce spectacle, autant vous dire que les visites des caves du Bordelais ne sont pas piquées des « verres ». Dans la salle, les effusions de rire éclatent en miroir, chacun y reconnaissant son voisin. Il n'y a rien de méchant dans ce que racontent ces cartes, même si la bêtise est souvent pointée du doigt. Morel et Saladin ne sont pas moqueurs, là n'est pas leur propos. Il y a de la tendresse. Le spectacle commence dans un ton assez anecdotique pour terminer sur une véritable histoire d'homme et de femme. Et puis quel plaisir de regarder ces deux incroyables artistes faire de la haute voltige sur ce fil fragile qui passe de l'humour à la poésie.

La critique de Terrasse

( Manuel Piolat Soleymat )
  • Comique de geste, de situation, de mot, de caractère, de mœurs, comique de répétition : la panoplie est complète. A travers, certes, quelques bas, mais surtout de nombreux hauts, François Morel et Olivier Saladin construisent une représentation d’une grande efficacité humoristique. Sortant fréquemment de leurs rôles de voyageurs franchouillards, les deux comédiens se laissent aller à l’ailleurs de digressions cocasses et touchantes. Car la grande singularité de ces interprètes est de parvenir à ouvrir le champ d’émotions complexes et insolites. Ce sont, en effet, toutes les contradictions et tous les embarras de l’humanité qui semblent parfois apparaître dans la fixité d’un regard, la gêne d’un sourire perdu, la complicité enfantine d’une entente partagée… Olivier Saladin et François Morel (qui signe également le texte et la mise en scène) parviennent à nous dire bien des choses à travers cette composition théâtrale construite autour de l’idée du voyage. Des choses qui dépassent très souvent le seul pouvoir des mots.

La critique de A nous Paris

( Myriem Hajoui )
  • Si l'on vous dit que l'intrigue de cette pièce se noue autour des cartes postales de vacances envoyées par les Rouchon aux Brochon (et vice versa), vous allez imaginer une soirée aussi palpitante qu'une infusion d'Earl Grey un jour de crachin à Londres ! Cette abondante correspondance entre les deux couples postée de Roissy, de Venise, de Caracas ou de Colombey-les-Deux-Eglises vous laisse froids. Et pourquoi pas un spectacle autour de la céramique bretonne ? D'accord, nous sommes en 2009 : le temps des cartes postales est révolu, c'était avant les e-mails, l'internet. Pourtant il ne faut pas craindre de s'ennuyer une seule seconde à la perspective de ce divertissement, un sommet dans le genre écrit et mis en scène par l'exponentiel François Morel avec la complicité de son indispensable compère Olivier Saladin, car le temps passe vite en compagnie de cette paire d'as timbrée. [...] Virtuoses de l'estocade épistolaire, celle qui déclenche direct une pure montée "hilarogène", ils attaquent la lecture des cartes de vacances avec une poésie doucement illuminée. Dès lors, c'est une profusion de petites vignettes absurdes, de pastilles truffées d'agaceries au français, d'arguties et de digressions folingues, de chamailleries et autres scènes périphériques. Morel porte un regard amusé sur ces randonneurs du quotidien atrabilaires, ethnocentrés, la boutade toujours en embuscade. C'est de l'épique de tous les jours, de l'ordinaire héroïque. [...] Portée par l'énergie impromptue et inventive de ces doubles faussement antagonistes, la langue s'amuse de l'homme, ses mots s'échappent et se poursuivent entre eux en toute liberté avec un humour farfelu toujours du sel le plus fin. Elle danse et rit, d'un rire frais, effilé, lumineux, dont ces Messieurs Jourdain de la communication font les frais sans moquerie -le spectacle abritant en sous-main une jolie tendresse. C'est de la dentelle de Calais, du point d'Alençon. Cerise sur le gâteau : la voix off (aisément identifiable) de Jean Rochefort. Bref, avec eux, la croisière n'a pas fini de s'amuser...
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