Britannicus

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La critique de Pariscope

( )
  • Jean-Louis Martin-Barbaz met en scène avec maestria l’expérience initiatique et tragique du pouvoir par le jeune Néron. Une belle partition d’acteurs, fluide et naturelle.
    Britannicus, fils de l’Empereur Claude et de Messaline, héritier d’un trône usurpé, dont le meurtre par Néron consacre ce dernier Empereur de Rome et tyran mémorable (sa réputation est telle que son nom symbolise la folie meurtrière dans l’imaginaire collectif !). Néron, fils d’Agrippine, épouse de Claude en secondes noces, qui a adopté l’enfant devenu adolescent. Néron règne très jeune grâce à la persévérance assidue de sa mère. C’est avec une maestria remarquablement cohérente et précise que Jean-Louis Martin-Barbaz dépeint l’apprentissage du pouvoir par le jeune Néron, empereur encore en devenir, hésitant, fougueux et influençable, au centre d’un réseau de pressions contradictoires, passant de la domination maternelle à la passion amoureuse, de l’adhésion à une idée à son rejet, avant de basculer définitivement du côté du meurtre. C’est un “monstre naissant“ (selon Racine) pourtant fragile, sous influence, manquant de hauteur de vue et d’indépendance. La scénographie - des pans de grilles coulissantes avec miroir - brouille et démultiplie le monde, souligne les menaces, les illusions et dissimulations d’un monde mouvant et trompeur. Au centre un lit, refuge intime des douleurs et des passions, succédané de trône pour apprenti empereur qui parfois s’égare, lieu de bataille même entre les jeunes Néron et Britannicus.

    Néron, “le fruit de tant de soins“, échappe à sa mère

    La mise en scène fluide et limpide donne aux égarements de ces jeunes âmes un naturel épatant et met en lumière de subtils contrastes au fil d’un jeu d’acteurs très juste qui donne à la superbe langue racinienne une beauté signifiante. L’alexandrin ici exprime sans apprêt toute la puissance et le trouble des sentiments humains au cœur d’un imbroglio politique autant qu’amoureux. Car Néron enlève Junie, la fiancée de Britannicus, et sa flamme se déclare. Une passion soudaine réprouvée par la redoutable Agrippine, mère possessive et femme de pouvoir déterminée, qui voit là “le fruit de tant de soins“ lui échapper. « Que veut-il ? Est-ce haine, est-ce amour qui l'inspire ? » se demande-t-elle. Dès que l’amour s’en mêle, le jeu du pouvoir n’en devient que plus complexe et insaisissable. Racine est un maître en la matière. Dans ses autres pièces aussi, l’amour nourrit et complique les relations de pouvoir. La violence des sentiments et la passion du pouvoir emportent très loin les personnages. Des thèmes tragiques évidemment intemporels. Saluons les acteurs, Yveline Hamon formidable Agrippine, à la fois redoutable et humaine, Jean-Christophe Laurier en Néron impétueux et irrésolu, Antoine Rosenfeld en Britannicus amoureux candide, Patrick Simon en vertueux et émouvant Burrhus, Hervé Van der Meulen, traître lisse et autoritaire, Vanessa Krycève en Junie, plus lucide que son naïf amoureux. Une très belle pièce, que ce soir-là certains lycéens un peu bruyants n’ont pas apprécié à sa juste mesure.

La critique de Pariscope

( Dimitri Denorme )
  • D'emblée, on est happé par l'élégant décor… C'est dans un sombre univers carcéral que va cette fois se répandre la beauté des alexandrins de Racine. Les panneaux grillagés mobiles délimitent l'espace. Ils se resserrent pour enfermer Néron dans sa cruauté et ses névroses, s'ouvrent pour laisser place à l'amour que Britannicus porte à Junie. Agrippine s'y cogne avant de les contourner. Ils nous emportent dans l'effroyable ballet du pouvoir et de la passion, de leurs influences et de leurs violences... Sous les lumières de Cyril Hamès, un jeu sophistiqué de miroirs nous rappelle l'hypocrisie de chacun. Mais la noirceur des âmes ne se reflète pas dans les glaces. Dans ce palais qui retient en otage Junie, le trône a été remplacé par un lit. C'est de là que Néron tire les ficelles du funeste destin de Britannicus. Jean-Louis Martin-Barbaz a choisi d'ancrer son « Britannicus » dans une certaine modernité. Il dessine un Néron peut-être moins violent que d'ordinaire. Moins violent car plus fragile psychologiquement et affectivement. La proposition est intéressante. Elle tient car elle s'appuie sur la jeunesse des comédiens qui, du coup, se rapproche de celle des personnages. On préférera gommer la saugrenue bataille de polochons entre Britannicus et Néron et quelques étranges ponctuations musicales rock pour ne garder que la limpidité de la mise en scène. Jean-Christophe Laurier a su composer sur l'instabilité de son Néron et Antoine Rosenfeld est un Britannicus juvénile. Ils se disputent tous deux l'amour de la douce Junie, incarnée par la belle Vanessa Krycève. Le rôle lui sied parfaitement. Yveline Hamon est une Agrippine à la fois précise et perfide. Plus théâtrale, assurément. Rachel André, Patrick Simon et Hervé Van Der Meulen complètent la distribution avec conviction.

La critique de Télérama

( Fabienne Pascaud )
  • Les histoires de parents et d'enfants hantent les théâtres depuis la tragédie grecque. Explicites ou implicites. Nouées de violences ou tordues de silences. Quand Racine évoque, en 1669, les relations tourmentées de la romaine et intrigante Agrippine avec le monstre que devient son empereur de fils Néron, il ose l'affrontement verbal dans son redoutable et mortifère éclat. Et la rage blessée, quasi amoureuse qu'y met la grande Yveline Hamon dans la mise en scène habilement conduite de Jean-Louis Martin Barbaz, est saisissante et poignante à souhait.
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