La Dame de chez Maxim

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La critique de Pariscope

( Marie Plantin )
  • Jean-François Sivadier du côté de chez Feydeau, si on s’y attendait ! Après avoir monté dernièrement des pièces costauds du répertoire, « La Mort de Danton » de Büchner, « Le Roi Lear » de Shakespeare, voilà que le metteur en scène s’attèle à la mécanique impeccablement huilée du théâtre de boulevard. Fort de son duo gagnant, Nicolas Bouchaud et Norah Krief, il poursuit son parcours sans faute de chef de troupe, élaborant des spectacles à la fois classiques et modernes, populaires et exigeants. Un théâtre toujours festif et rassembleur. Avec « La Dame de chez Maxim », ce contrat est rempli, de la première à la dernière scène. Sauf qu’entre les deux, malgré l’énergie débordante et le rythme endiablé, ça patine un tantinet. Feydeau poussant un peu loin sa plaisanterie de départ, la pièce s’essouffle d’elle-même. Heureusement, c’est très bien fait et Sivadier, tout en évitant les clichés inhérents au genre, les dépasse à sa façon. Les personnages principaux ne sont pas stigmatisés par leur position sociale car les comédiens les recentrent sur des émotions plus universelles : le désir, la peur, le trouble, le désarroi, l’espièglerie… Inutile d’encenser Nicolas Bouchaud, bête de scène qui fait ployer le personnage sous son inventivité toujours renouvelée. A ses côtés, le petit gabarit de la « crevette » Norah Krief n’a rien à lui envier. Celle-ci campe avec un panache inénarrable l’oiseau de malheur par qui les embrouilles arrivent, petite putain piaffante et surprenante. Et quand elle attrape un micro pour amuser la galerie en chantant, on est coit devant sa voix. Dans le rôle ingrat de l’épouse tournée en bourrique, Nadia Vonderheyden tire à merveille son épingle du jeu. Seul personnage à ne jamais mentir, innocente ballottée par les événements et crédule jusqu’au ridicule, elle parvient aussi là où les autres restent à la porte : être touchante, un trait rare dans le théâtre de Feydeau.

La critique de Pariscope

( Marie-Céline Nivière )
  • A partir d'un rien, Feydeau déclenche une terrible machinerie à faire éclater le rire. Il adore mettre ses personnages dans les pires situations. Pour une soirée un peu trop arrosée et festive, Lucien Petypon va basculer dans le pire des cauchemars. Par lâcheté, par bêtise, il va se prendre les pieds dans le grand tapis des mensonges, des quiproquos, des rebondissements, entraînant dans sa chute son entourage. Pour interpréter cette pièce, il faut de la santé, un énorme grain de folie et beaucoup de talent. Le rythme va crescendo, conduisant les comédiens dans une ronde tourbillonnante, qui est parfaite dans les deux premiers actes. Jean-François Sivadier a fort bien dirigé sa troupe qui recèle de sacrées pointures. Nicolas Bouchaud est un Petypon extraordinaire. Sautillant, se déhanchant, s'enlisant dans le piège qu'il s'est lui-même construit. Il manie la mauvaise foi avec une impertinence exceptionnelle. Dans le rôle de Madame Petypon, possédant de vastes nuances de jeu, Nadia Vonderheyden est superbe. C'est une très grande artiste. Gilles Privat compose un Général délicieusement crédule et humain. Et puis il y a la Môme Crevette, le personnage légendaire de cette œuvre. Elle prononce cette phrase culte : « Et allez donc, c'est pas mon père ! » Avec sa gouaille de Gavroche, sa désinvolture de fille de joie, son petit minois de gamine, Nora Krief est mémorable. Sivadier s'est beaucoup amusé avec Feydeau, rajoutant des gags et des chansons, incluant le spectateur dans l'action par quelques petites astuces. Sa mise en scène comme la scénographie semblent nous dire que la vie peut être une farce et les hommes des dindons qui adorent se mettre des fils à la patte.

La critique de Télérama

( Fabienne Pascaud )
  • Ils sont athlètes et alertes, ces acteurs. Jean-François Sivadier les a invités à jouer la partition de Feydeau comme une joyeuse partie de cache-cache à travers toiles et voiles surgissantes, bouts et contrepoids avec lesquels ils actionnent eux-mêmes hargneusement les chausses-trappes et autres "portes qui claquent" essentielles au vaudeville. Ils sont complices depuis toujours du facétieux metteur en scène associé au Théâtre National de Bretagne, habile à dévoiler les coulisses de l'art ("Italienne, scène et orchestre" en 1997 et 2003) et il faudrait tous les citer... Nicolas Bouchaud, médecin au bord de la déraison qui emmène tout le monde dans son irrépressible farandole; Nadia Vonderheyden, sa femme, rombière de service qui le suit avec un décalage certain; Stephen Butel, confrère et ami faussement aidant, spectateur sidéré comme nous; ou encore Norah Krief dans le bustier de la fameuse Môme Crevette, par qui le grain de sable du scandale arrive... Dans ce Feydeau-là, tous éprouvent à l'évidence un plaisir irradiant à exacerber les situations.
    Le docteur Petypon, respectable médecin parisien, se retrouve un matin, dans son lit conjugal, avec une danseuse de french cancan surnommée la Môme Crevette qu'il a rencontrée la veille. Pour la première fois de sa vie, il a fait la bombe ! Mais, outre la nécessité de cacher la situation à sa femme Gabrielle, très à cheval sur les principes, il doit faire bonne figure face à un oncle général venu tout exprès lui demander d'assister au mariage de sa jeune pupille, en Touraine. La Môme Crevette s'invite à la fête, en lieu et place de madame, se paie le luxe de charmer les dames provinciales... et de révéler leur splendide bêtise.
    La noce est un grand moment. Les mots fusent, les corps s'agitent, la mécanique de Feydeau (en 1899, l'auteur est au faîte de son art) semble sur le point de faire exploser les coutures. Dans ce remue-ménage, un temps de calme, cependant, lorsque Norah Krief pousse aux oreilles des douairières sa chansonnette à double-sens -"Le Bonheur d'être demoiselle". Elle est formidable. Illuminée de grivoiserie, jamais vulgaire. On se souvient d'une autre grande Crevette, Dominique Valadié, mise en scène par Alain Françon, il y a dix-huit ans. Elle était plus lascive. Norah Krief a préféré la gouaille, avec son corps déhanché et de guingois, quand elle parade comme les femmes du Moulin-Rouge peintes par Lautrec. En une image, tout est dit.

La critique de Le Monde

( Salino Brigitte )
  • Jean-François Sivadier change de cap. Après Brecht, Büchner et Shakespeare, il aborde pour la première fois le grand répertoire comique, avec Feydeau. […] Ce spectacle très attendu, qui arrive après le triomphe du « Roi Lear » créé à Avignon en 2007, devrait combler les nombreux amoureux du théâtre de Sivadier. Il peut aussi rallier les réticents, agacés par les ajouts pubertaires que le metteur en scène et sa troupe s’offraient, quand ils jouaient « Woyzeck » ou « La Vie de Galilée ».
    Avec « La Dame de chez Maxim », la troupe se plie aux règles de Feydeau. La première est l’ivresse, cette ivresse qui embarque le docteur Petypon, respectable bourgeois, dans une folies d’aventures, parce qu’il se réveille un matin chez lui avec une inconnue dans son lit, la môme Crevette, cueillie la veille chez Maxim, où Petypon et son ami Mongicourt avaient passé la soirée. […] Sivadier s’empare de la pièce comme d’une machine à jouer. Il a le sens de la troupe, il aime le théâtre qui s’adresse aux spectateurs en les regardant droit dans les yeux. Avec lui, les acteurs jouent de face, dans la lumière et avec l’énergie qu’il faut pour dompter le plein air, même en salle.
    Ainsi, le décor (particulièrement réussi) de « La Dame de chez Maxim » est aux antipodes des salons parisiens et du château provincial de la pièce. On se croirait sur le pont d’un vieux navire à voiles, où de solides poulies actionnent une armée de filins. Il y souffle un beau vent d’appel au large, et en même temps, le danger n’est jamais très loin : mal de mer ou gueule de bois, même combat.
    Il y a moult façons d’être ivre. Le Petypon joué par Nicolas Bouchaud semble monté sur ressorts. […] Moins que le bourgeois installé, on sent chez lui l’esprit affolé. […] A côté de lui, la môme Crevette […] Norah Krief la joue comme une Poulbot, une piaf de Paris qui connaît la chanson et ne perd pas une occasion de gruger son monde en s’amusant. […]

La critique de Elle

( thomas jean )
  • Le vaudeville, ça peut-être ultra-drôle comme lourdingue. Avec « La Dame de chez Maxim », de Feydeau, qui va sillonner la France toute l’année, on tape dans la crème du genre. Démonstration.
    Grandiose : comme les mises en scène de Jean-François Sivadier, qui nous a offert du Shakespeare et du Büchner sublimes. Il dirige les acteurs (au cordeau) et se saisit des textes (à bras-le-corps).
    Virtuose : comme la langue de Feydeau. Un médecin bien comme il faut se réveille ivre de la veille avec une inconnue dans son lit. Prétexte à grivoiseries bien dosées, cascades de quiproquos, coups de théâtre en pagaille, cette « Dame » est une délicieuse saoulerie qui nous grise.
    Troublant : comme le charme de Norah Krief, qui joue Crevette, l’inconnue du lit. Actrice magnétique et chanteuse pleine de gouaille, elle rassemble ici ses talents et émaille la pièce de chansonnettes bien salaces.
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