La Dame de pique

La Dame de pique

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La critique de Pariscope

( Hélène Kuttner )
  • Imaginez que vous êtes dans un rêve, ou un cauchemar glacé par les neiges de Saint Petersbourg. Un homme est là, dans son lit d’hôpital psychiatrique, à revivre les épisodes de sa vie. C’est Hermann, un officier allemand que la passion du jeu et d’une jeune fille, Lisa, a rendu fou. Tchaikovski a adapté, avec son frère Modeste pour le livret, la très célèbre nouvelle de Pouchkine, "La Dame de Pique". Dans cet opéra, d’une puissance musicale quasi parfaite, le héros, romantique à souhait, est tiraillé entre les cartes et la femme aimée, blonde et solaire, alors que lui n’aspire qu’aux tourments et au gouffre. Le metteur en scène russe Lev Dodine, que l’on apprécie également au théâtre, a choisi une version totalement onirique et psychanalytique de l’œuvre. Dans des lumières australes sublimes de Jean Kalman, la scénographie se déroule sur deux niveaux. Le conscient, en haut, une promenade sur la perspective Nevski, peuplée de personnages mondains qui déroulent le manège des conversations que le héros malade provoque autour de lui. L’inconscient, la folie, en bas, dans l’hôpital ou les mêmes personnages, médecins et autres malades, arrivent drapés de blouses blanches et de camisoles. Les deux niveaux ne se mélangent pas, sauf à certains moments où le rêve rattrape le réel. Une mystérieuse Comtesse, qui semble sortie d’une roman poussiéreux, émerge et curieusement distribue la donne : le jeu perdant, puis la mort. Dans ce très beau spectacle où les pages d’un roman semblent s’ouvrir pour révéler au spectateur leur secret, la musique et les voix, également russes, sont à la fête. Vladimir Galouzine, habitué du rôle, excellent comédien, est un ténor au timbre puissant, subtilement nuancé, précis, d’une sensibilité exacerbée et à la technique magnifique. A ses côtés, Olga Guryakova prête sa beauté, sa blondeur et son soprano chaud et céleste à Lisa, héroïne malgré elle. Dans le rôle du Prince amoureux, Ludovic Tézier nous surprend une nouvelle fois : clarté du phrasé, voix profonde et maîtrise parfaite de la ligne musicale. L’orchestre, enfin, est porté magistralement par le jeune chef Dimitri Jurowski, dans la douceur et le détail d’un total respect à la musique. Les grincheux peuvent trouver que la mise en scène est trop simple, trop radicale. C’est cette simplicité, incarnée par de grands interprètes, qui nous permet de tout comprendre.
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