Les Deux Canards

La critique de Pariscope

( Arlette Frazier )
  • Lors d'un voyage en province, Lucien Gélidon, écrivain parisien, tombe amoureux de Léontine Bejun, l'épouse de son imprimeur. Par amour pour lui, elle fonde un journal de gauche, dont il devient le rédacteur en chef. Lucien, cède aussi aux charmes de Madeleine, la fille du baron Saint-Amour et accepte de diriger, sous pseudonyme, la rédaction du journal de droite qu'il vient de fonder. Lucien écrit le matin pour la gauche, et le soir pour la droite. Il sauve les apparences jusqu'au jour où une polémique l'oblige à se provoquer lui-même en duel ! Jamais rejouée depuis 1913, la pièce de Tristan Bernard est une comédie savoureuse, à l'humour ironique, aux bons mots qui font mouche, sans aucune méchanceté. Alain Sachs, excellent chef d'orchestre, fait tourner au galop cette mécanique bien huilée. Le tandem Ivan le Bolloc'h-Isabelle Nanty est une réussite. Elle a du jarret, du souffle, un sacré tempérament pour se glisser dans la peau de cette femme volubile, aimante, étouffante, vibrionnante et drôlissime. Comédien touche-à-tout, d'une élégance naturelle, Yvan Le Bolloc'h est irrésistible dans ce rôle de menteur patenté, avec son œil qui frise et son sourire à tomber. Toute la troupe est à l'unisson, d'Urbain Cancelier à Gérard Chaillou, Jean-Marie Lecoq, Jean-Louis Barcelona, à Pierre Olivier Mornas, Jean-Pierre Lazzerini, Michel Lagueyrie, Jean-Louis Barcelona, Catherine Chevallier, et la ravissante Cassandre Vittu de Kerraoul. Trois décors signés Stéphanie Jarre, quarante costumes superbes d'Emmanuel Peduzzi, et deux heures de bonheur et de rire.

La critique de Journal du dimanche

( Florence Muracciole )
  • Yvan Le Bolloc'h et Isabelle Nanty campent de manière un peu convenue, mais convenablement, les deux personnages principaux. Au total un divertissement au parfum quelque peu désuet.

La critique de Télérama

( Sylviane Bernard-Gresh )
  • Entre "La Torche" et "Le Phare", deux canards de province aux convictions politiques fluctuantes, mais ennemies, Gélidon ne sait plus où donner de la tête. Il signe le matin sous son vrai nom des éditos vengeurs, qu'il fustige le soir sous son pseudo. Il en pince pour Léontine Béjun, mais rêve d'épouser Madeleine, la fille du baron. Jusqu'à tomber dans le piège d'un duel... contre lui-même. La redécouverte par Alain Sachs de ce vaudeville de Tristan Bernard, jamais joué depuis 1913, est un régal. Quiproquos, situations cocasses, bons mots emmènent, dans une mécanique endiablée, toute une équipe de personnages dessinés comme des caricatures. Une satire impertinente, pleine de gaieté, menée tambour battant par Isabelle Nanty, amoureuse exaltée, bourrée d'énergie, et Emmanuel Patron, plumitif volage et mondain. Tous deux, comme toute l'équipe, sont irrésistibles.

La critique de Télérama

( Fabienne Pascaud )
  • Si l'on ne cesse de jouer ou de citer ses contemporains Feydeau, Guitry et Jules Renard, le très brillant Tristan Bernard (1866-1947) est étrangement tombé dans l'oubli. A peine se souvient-on de quelques uns de ses fiers bons mots, tel celui qu'il prononça lorsqu'il fut arrêté par la Gestapo : "Nous vivions dans la peur, maintenant nous allons vivre dans l'espoir". L'homme était d'une insolente nonchalance, fustigeant volontiers les travers de ses pairs, qu'il s'amusait à placer dans des situations absurdes et paradoxales : traducteur sans maîtriser aucune langue étrangère ("L'Anglais tel qu'on le parle", 1899) ou, comme dans ces "Deux Canards" (1913), rédacteur en chef politique simultanément dans un journal de droite et un journal de gauche. C'est en effet ce qui arrive au galant Gélidon, incapable de résister à la beauté féminine, qu'elle soit de tendance ultralibérale ou socialisante... Mise en costumes d'époque par Alains Sachs, troussée avec vivacité par une troupe de comédiens agiles et roublards, la comédie, emportée par la délirante Isabelle Nanty, est une réjouissante curiosité. On y trouve ce ton acidulé, cet esprit narquois et désabusé qu'on pourrait dire très "français", nous rattachant à tout un patrimoine littéraire et théâtral, de Mirbeau à Bourdet. La cruauté en moins. Tristan Bernard n'était jamais méchant, plutôt indulgent. C'est peut-être pour ça qu'il s'est laissé oublier si facilement.
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