Michel Jonasz - Abraham

  • Spectacle
  • Critiques (3)
  • Distribution
  • Dates de tournée

La critique de Première

( lolita2245)
  • Superbe spectacle où l'histoire et l'Histoire se rencontrent, nous parcourent d'émotions, de plaisirs et de pleurs. Merci à ce grand Jonasz pour tout ce qu'il donne, pour tout ce qu'il nous donne, pour ce qu'il suscite, chaque fois si intensément.
    Ne ratez pas le bonheur de voir ce grand monsieur sur scène, théâtrale cette fois!

La critique de Pariscope

( Marie-Céline Nivière )
  • « Aucune vie n'est plus importante qu'une autre. Chaque vie est sacrée. » C'est si juste, mais de par le monde, l'homme souffre encore de l'homme. En évoquant la vie de son grand père Abraham, Michel Jonasz rappelle que chaque juif mort en camp d'extermination était avant tout un être humain. Ces hommes, ces femmes, ces enfants avaient un passé, un présent mais plus de futur. Le spectacle démarre par un grand noir, où l'on entend en fond sonore le bruit de la vie, de la peur, puis des bottes, des ordres criés en allemand. Un halo de lumière se glisse sur Jonasz immobile, vêtu d'un costume noir. Une moustache habille sa lèvre, l'inquiétude se lit dans ses yeux. Il incarne son grand-père dans la file qui mène à la douche. Mais Abraham sait que, derrière la porte, c'est la mort qui l'attend. Avant que son « nom soit rayé des livres des vivants », il laisse défiler ses souvenirs, évoquant le bonheur de vivre. Dans une écriture admirable, un jeu d'une grande délicatesse, une mise en scène sobre et précise, Jonasz cède la parole à cet homme qu'il n'a jamais connu. Entre son départ de la Pologne, « triste pays », pour la Hongrie, et son retour en Pologne, Abraham aura aimé sa Rose, élevé leurs sept enfants, pris du bon temps avec ses amis, accompli généreusement son métier d'épicier, chanté à la synagogue, pris la vie comme elle venait. Jonasz est un grand conteur qui fait vivre tout ce qu'il formule. On rit beaucoup des échanges entre Abraham et son ami Hankel. Ce dernier est inénarrable dans ses divers questionnements. L'humour yiddish est des plus savoureux. Jonasz rend aussi hommage à la musique tzigane qui l'a beaucoup inspirée. Et nous comprenons alors la rythmique, le phrasé du Jonasz chanteur. Ces compositions sont de toute beauté. En se promenant dans sa mémoire, l'artiste a réalisé un spectacle magnifique.

La critique de A nous Paris

( Myriem Hajoui )
  • Rare et précieux Jonasz ! Artiste accompli, oscillant entre musique et cinéma, ce cador de la rythmique a toujours aimé faire swinguer les mots. Mais il aime aussi les mots dits... et bien dits. Souvenirs de sa grand-mère (une "super nana") qui lui contait des histoires ? Une certitude : depuis "Dites-moi", son premier album en 1974, notre bluesman poète tient la distance, mais sans jamais perdre de vue l'enfance. Et s'il a choisi d'être sur une scène de théâtre, ce n'est pas par la farce des choses, c'est pour semer la Tziganie sur les planches ! Car notre Michel jazzy a été biberonné à la musique hongroise et nourri de chou farci avant de s'abreuver de Ray Charles et de rock. L'heure est donc venue pour lui de se faire marchand de fables et de nous relater la vie d'Abraham, son grand-père juif polonais qui, à l'âge de vingt ans se voit obligé de quitter la Pologne ("triste pays") pour aller vivre en Hongrie. Il y rencontre sa Rose avec laquelle il élève sept enfants, tient une petite épicerie et devient cantor dans plusieurs synagogues avant de connaître la déportation et "d'être rayé du livre des vivants". Nous voilà dans le vif du sujet. Subtilement écrit, mis en scène et interprété par l'intéressé, ce "seul en scène" s'ouvre sur un long "noir" anxiogène suivi de bruits de bottes et de vociférations allemandes. Le voilà immobile, prêtant ses traits et sa voix à son grand-père : "ils disent qu'il faut se déshabiller pour la douche". Le fond de l'air effraie, mais n'espérez pas une attaque frontale contre le Grand Satan nazi et encore moins de trémolos ! Jonasz préfère dire l'amitié (avec Hankel et ses interrogations cocasses), l'amour, les rites religieux, les liens du sang, la joie de vivre, la fragilité du bonheur. Déroulées comme autant de fragments de mémoire, ces bribes de vie en sursis frappent au cœur et à l'esprit. Il y passe des ombres, des vies jetées à vau-l'eau mais surtout -par on ne sait quelle force d'âme - un souffle chaleureux, fraternel, une vraie douceur et un irrésistible humour yiddish. On rit beaucoup tout en étant happé sans retour par la puissance incantatoire de cette parole brûlante, ces mélodies tziganes chavirantes. L'émotion s'installe : elle ne partira plus. "Mister Swing" n'a pas changé : il a toujours ce même besoin de partager une émotion, un sentiment. Son spectacle offre une vibration à l'unisson, paroles et musiques, comme une respiration originelle qui viendrait du fond du chœur de l'univers.

La critique de Le Figaro

( Armelle Héliot )
  • Il est comme l'image. Un peu gourd dans son costume. Les bras ballants. Mais pas l'air paumé. Michel Jonasz est juste comme l'homme qu'il incarne : simple et sans défense. Il est connu comme chanteur. Mais il a été aussi comédien. C'est en lui. Il a joué, tourné. Et il avait en tête cette histoire. Il s'était promis de la raconter. Et voilà : Michel Jonasz incarne son grand-père maternel Abraham. Cela commence d'une manière très forte et ne laisse aucun doute sur le dénouement : l'homme démuni est dans l'enfer des camps. On lui demande d'abandonner ses vêtements pour passer sous la douche. La douche, il sait où cela mène... Une heure trente durant, avec une bande son, pas d'autre appui qu'un banc de bois, un de ces bancs publics comme il y avait dans les pays de l'Est, avant la guerre, pas d'autre décor que ce banc et quelques lumières, Michel Jonasz fait revivre ce petit peuple, ces gens qui parlent le yiddish, se chamaillent comme de bons voisins, ont les rêves simples des êtres qui sont heureux d'une vie de village, qui croient en Dieu, qui respectent religion et rites, qui se marient et ont des enfants. [...] C'est plein de rires et de larmes, c'est plein d'histoires juives, comme on les connaît, mais en plus "personnel", c'est plein d'un humour étrange, franc et douloureux à la fois. C'est plein de la sensibilité de l'artiste Michel Jonasz. Il joue, il compose. Il se tait. Et il chante aussi...il chante des chansons composées spécialement pour ce spectacle, cette évocation tendre et amusée. [...] C'est un très beau moment de grand théâtre. Une petite comédie musicale déchirante et drôle tenue par un artiste unique, un grand artiste très sensible et lucide qui célèbre le courage des siens, leur probité. Il est très personnel et universel. Il nous fait rire et pleurer. Il est douloureux et burlesque. [...]
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