Sextett
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La critique de Pariscope
( Dimitri Denorme )- Seule la mort semble définitivement pouvoir ramener Simon à la maison maternelle. En 2007, dans « Jusqu'à ce que la mort nous sépare », il perdait sa grand-mère. Cette fois, c'est sa propre mère, Madeleine, qu'il est venu enterrer. Mais ce n'est pas le fantôme de sa génitrice qu'il va devoir combattre. Ce qui attend Simon est encore plus redoutable. Le jeune homme va devoir se battre au corps à corps avec cinq figures féminines singulières et débridées. Au cœur de la pièce, on retrouve la notion de désir, de sa violence surtout… Réalités, fantasmes, aspirations et peurs : tout se confond. Dans « Sextett », Rémi De Vos assume encore plus librement l'univers déjanté et totalement surréaliste dans lequel il aime placer ses personnages. Ici, la carte de l'absurde est abattue avec tact. Et le comique de répétition fait merveille. En metteur en scène complice, Eric Vigner a particulièrement soigné sa direction d'acteurs. Le ton qu'il a choisi de faire adopter à ses comédiens établit une nécessaire distance avec le monde réel. Le décalage ainsi distillé avec précision et élégance dynamise de fait le propos et intègre judicieusement les passages musicaux. Ce second opus sur les tribulations de Simon a été spécifiquement écrit pour Micha Lescot. Costume étriqué, nonchalance affichée et revendiquée, le comédien est une fois encore épatant. Chaussures noires vernies aux pieds, il danse, glisse et virevolte plus qu'il ne marche. Et c'est tout naturellement qu'il nous séduit avec cet étrange et hypnotisant ballet. La performance d'acteur est simplement remarquable, le virtuose parvenant même à nous faire oublier la faiblesse du texte sur la fin. A ses côtés, Anne-Marie Cadieux, Marie-France Lambert, Maria de Medeiros, Johanna Nizard et Jutta Johanna Weiss défendent chacune avec talent leur partition.
La critique de Télérama
( Emmanuelle Bouchez )- Même effet panoramique en fond de scène : un ruban de tapisserie au look très 70's prolongé de deux immenses baies vitrées. Même personnage saisi quelques années après : Simon, garçon pressé mais toujours prompt à faire des phrases sur ses émotions. Même comédien trentenaire, Micha Lescot. Et mêmes auteur et metteur en scène complices : Rémi de Vos et Eric Vigner, à nouveau ensemble pour cette création, trois ans après un premier épisode (Jusqu'à ce que la mort nous sépare)... En se lançant aujourd'hui dans Sextett, Lescot, de Vos et Vigner auraient-ils donc inventé un genre : le feuilleton théâtral ? Soit un projet suivi où s'écrirait, d'une pièce l'autre, dans le même décor, l'histoire de l'éducation psycho-érotico-sentimentale d'un garçon d'aujourd'hui ? Oui. Avec un art précis de la fantaisie... Le premier opus colorait d'une folie à la Feydeau une situation tragique : Simon, revenu chez sa mère le jour de l'enterrement de sa grand-mère, y jouait avec les débris de l'urne funéraire comme avec une patate chaude. Cette fois, c'est sa mère elle-même que Simon est venu enterrer. Et sa maison d'enfance, espace troué par l'absence, il la peuple peu à peu d'autres images... Cinq créatures féminines dont les apparitions alternées (souvent musicales, entre lieder de Schubert et bossa-nova revisités) fondent sur lui pour un Sextett enlevé. Simon - Micha Lescot, la silhouette haut perchée dans son costume noir cintré, dansant avec ses chaussures vernies plus qu'il ne marche - résiste, non sans flancher avec volupté, à la pression. Lors de joutes étranges avec deux voisines chanteuses, avatars enfantins des comédies musicales (dont Maria de Medeiros, revenue à la scène, qui chante joliment a cappella), ou dans des courses-poursuites avec un travelo « collagéné » monté sur cothurnes, qui lui susurre le verbe « baiser » sur tous les tons... Le masculin et le féminin sont souvent mélangés dans cette pièce, shaker à fantasmes comme Fellini a pu l'oser au cinéma. Simon, héros finalement terrassé, provoque le rire. Mais, plus encore, le plaisir vient de la performance d'acteur. Dans une mise en scène calée pour lui et d'après lui, modulée sur le tempo de sa voix, Micha Lescot distille la moindre réplique avec distance et l'enracine dans la veine de l'absurde (Ionesco ou encore Dubillard... qu'a montés Eric Vigner à ses débuts). Il parvient même à faire oublier une certaine faiblesse du texte, à la fin, quand celui-ci s'applique à dénouer la situation plutôt qu'à continuer de jouer sur les mots.
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