interview : Jérome Deschamps
Jérôme Deschamps transforme Chaillot en "salle des fêtes"
L'actualité du couple Deschamps-Makeieff est à la fête ! Entre La Véritable Histoire du chat botté actuellement au cinéma, le César de la meilleure actrice remporté cette année par Yolande Moreau (une de leur plus belles découvertes), l'exposition Tati à la Cinémathèque (proposée par Macha Makeieff) et Salle des fêtes qui commence à Chaillot, c'est l'année du gros lot. Au milieu de cette effervescence, Jérôme Deschamps vient parler de son spectacle. Et quand ce dernier s’intitule Salle des fêtes, cela promet bien du bonheur.
Propos recueillis par M-C. Nivière
Cette "salle des fêtes" n’est pas municipale mais universelle…
Oui, parce que, comme toujours, on part de quelque chose de concret, de palpable, et on dépasse le sujet. Cette salle des fêtes est cossue, astiquée, kitsch. Elle est tenue par Madame Cravotta. Une femme qui rêverait d’être invitée par le Rotary Club. C’est ce genre de considération qu’elle souhaite.
Est-ce un lieu menacé ?
Cette salle est au bout d’un monde qui se meurt, qui se détruit… On entend au loin des bruits de travaux, de destruction. En réalité, Madame Cravotta mène une bataille pour le bonheur. Et ce bonheur, c’est cette salle des fêtes. Elle prépare une grande soirée. Elle veut que tout soit clean, impeccable, que même son chien soit calme pour une fois… Elle se lance avec son répertoire à elle, sa culture. Son style, c’est Nana Mouskouri. Les autres arrivent avec leur propre bagage culturel et un répertoire qui n’a rien à voir. C’est ça qui m’intéresse, l’entraide des gens d’une autre génération, l’affrontement des cultures. Chacun va faire avec son miel, avec ce qu’on lui a donné, avec ce qu’il a.
Des hommes et des femmes y font des rêves d’artistes…
Plus que ça, même ! Ils ont un rêve de bonheur et cela passe par l’artistique. Car cela sublime leur vie quotidienne. Les artistes sont des tremplins pour rêver au bonheur, des passeurs sans toujours le savoir. J’aime cette confrontation entre le quotidien et l’artistique. Une fille fait son ménage avec de la musique en fond sonore. Tout à coup, elle entend un air et devient une reine de la danse, de la chanson. C’est comme un cri. Pour les personnages de Salle des fêtes, le spectacle est leur profession de foi, leur drogue, une sorte d’aéroplane pour atteindre le bonheur. Chacun promène son propre rêve, mais ils font des choses ensemble. Il y en a même un qui rêve d’être Madame Cravotta, de chanter comme elle. D’ailleurs, il finit par mettre une robe. Le travestissement est aussi une manière de s’échapper du monde. Le spectacle, c’est comme un feu d’artifice, c’est beau, ça pétarade, et puis quand c’est terminé, il n’y a plus rien. Derrière tout ça, il y a le vide.
Aujourd’hui, de plus en plus de gens pensent qu’il est facile d’être artiste. Qu’en dites-vous ?
C’est vrai et c’est horrible. C’est une escroquerie de faire croire aux gens qu’après un stage de photo de trois mois, ils deviendront de grands photographes ! Mais, en même temps, on peut dire que c’est compliqué, cette affaire. L’enthousiasme, la flamme est un sacré moteur. Lors des auditions, j’ai vu arriver un petit gars du Nord, assez discret, effacé. Je le regardais en me demandant quel pouvait être son moteur. Il s’est mis à chanter et à danser du Dave avec une telle énergie et un enthousiasme, je n’en revenais pas. Il le faisait avec un investissement que l’on ne retrouve pas toujours chez les acteurs.
Justement, comment se passent les auditions chez les Deschamps ?
En ouvrant la porte. On laisse entrer le hasard. On fait des rencontres. Avec Macha, on cherche à se surprendre nous-mêmes. Un jour, en arrivant, j’ai vu une fille assez ronde, très belle, assise sur une chaise. En la regardant, je voyais une ferme, la campagne… Puis elle se lève et se met à chanter du Piaf. Elle avait une voix, quelque chose. L’important est de garder ensuite tout ce qu’ils ont, puis l’organiser, en sortir quelque chose.
Dans votre nouvelle distribution, certains artistes sont nés dans les années 80, à l’époque où je découvrais votre travail. Un signe que le temps passe, mais que vos spectacles gardent une fraîcheur, non ?
Je ne sais que répondre. En réalité, j’ai commencé à Chaillot en 1974. En 78, je suis entré au Français parce que je devais passer par là. Mes spectacles sont des rencontres avec des gens qui ont des choses à apporter. Il est normal de rester à l’affût. Je reviens de Belgique, pour la promotion de notre dessin animé, La véritable histoire du Chat botté, où Yolande Moreau fait la voix de Reine. Un journaliste m’a demandé si j’avais été ému de la retrouver. J’ai répondu que je ne l’avais jamais quittée. Chacun poursuit son histoire, c’est normal. Au fond, notre job consiste à révéler de belles personnes. Pour cela, il faut regarder et se donner le temps.
Salle des fêtes jusqu'au 16 mai au Théâtre national de Chaillot
Jérome Deschamps en vidéo
La Tête en friche
La véritable histoire du chat botté - teaser
La véritable histoire du chat botté
-
-
OPÉRA BOUFFE en trois actes de Jacque...
> Lire la suite 
-
> Voir la fiche
-
La Véritable histoire du Chat Botté
> Voir la fiche
- Gad Elmaleh: ses confessions
- Les délires d'Edouard Baer
Théâtre
- Lambert Wilson, du théâtre au Music-Hall
World
- La cocotte de L. Ruquier, spéciale Aznavour
Variété internationale (pop)
- La cocotte en Payet
Musique Electronique
- Interview- Les acteurs du Roi Lion
- Pierre Palmade: vous avez dit comique?
World
- Autour de la table avec Wajdi Mouawad
World
- Laurent Lafitte : le comique qui monte qui monte qui monte
Théâtre / One man show
- Hair- Les répétitions de la comédie musicale


