interview : Olivier Breitman
Le Roi Lion : Olivier Breitman sort les griffes
Dans « Le roi lion », il est Scar, le méchant oncle du jeune Simba. La qualité remarquable de son interprétation mérite de mettre en lumière ce comédien au parcours singulier.
par Marie-Céline Nivière
En lisant votre biographie, on est impressionné par votre parcours qui va du théâtre japonais aux Tréteaux de France.
Oui, la diversité déroute parfois. En France, si vous jouez la comédie, chantez, dansez, on se dit que forcément vous ne pouvez pas faire les trois correctement. Il faudrait être spécialisé en quelque chose, on aime bien coller une étiquette. Or, je travaille depuis plus de vingt ans, j’ai effectivement fait du théâtre japonais, un peu de café-théâtre, du classique et du contemporain. Même si j’ai aussi chanté dans des Offenbach, je n’avais jamais fait de musical.
Et comment vous êtes-vous retrouvé dans une comédie musicale made in Broadway ?
J’ai vu une annonce. Stage Entertainment n’est pas passé par le réseau habituel qui fait que l’on retrouve toujours un peu les mêmes artistes. Ils ont ouvert les auditions à tout le monde, ce qui laisse le champ à la découverte. J’ai voulu saisir l’opportunité, ayant de suite fantasmé sur ce que je pouvais faire avec Scar. Mon agent a envoyé mon CV. J’ai été auditionné une fois, puis deux, jusqu’à cinq fois, le nombre de prétendants se réduisait petit à petit. J’ai reçu la réponse positive juste avant Noël. Un beau cadeau.
Vous jouez le rôle du méchant, cela doit être finalement amusant voire jouissif ?
Quand je jouais des rôles de jeunes premiers, ce qui m’intéressait dans ces personnages, c’était de trouver leur fêlure. Si le personnage est juste gentil, il est un peu fade. Pour Scar, j’ai fait le chemin inverse. J’ai cherché pourquoi il était ainsi. Scar est un des plus beaux méchants de tous les personnages de Disney, car il est le plus torturé. Ce que Julie Taymor a encore plus accentué dans la pièce. C’est très jouissif de jouer un personnage qui transgresse les lois, cela me permet de transgresser les codes de jeu, de passer du naturalisme à l’excès. Mais il ne faut jamais oublier que si l’on n’est pas sincère dans ce que l’on fait, cela ne passe pas.
Comment se transforme-t-on en Scar ?
Cela commence à 18h30 pour jouer à 20h. Au départ, il y a un long travail de maquillage. J’aime ce moment où je vois le visage de Scar prendre forme. Cela me permet de laisser venir en moi le personnage et inversement. Ensuite vient l’habillage. Le costume prend beaucoup de place, le masque est volumineux mais léger. Ce qui est compliqué, c’est toute la machinerie qu’il faut installer. Je suis câblé de partout. Il s’est passé un moment avant que j’apprivoise cela. Le public ne doit se rendre compte de rien. Ensuite, il y a tout le travail du corps. C’est lui qui donne l’impression que le masque est vivant. Julie Taymor ne nous a pas demandé de calquer sans réfléchir la mise en scène originelle, qui a aujourd’hui 10 ans. Au contraire elle nous a fait faire un véritable travail de re-création, de recherche d’intériorité.
Le succès du « Roi lion » a de quoi vous faire rugir de plaisir ?
Evidemment. Nous en sommes à plus de 350 représentations et ce n’est pas fini. C’est la première fois que j’ai un contrat aussi long. C’est rare dans le métier, en tout cas en France. Il n’y a aucune lassitude, c’est même très appréciable. Dans ce spectacle, il y a plusieurs lectures possibles, pour le public et pour les artistes, c’est une des raisons de son succès. Et puis le meilleur moyen pour que les spectateurs prennent du plaisir est que les comédiens en aient.
« Cabaret » et aujourd’hui « Le roi lion », ces deux productions Stage Entertainment prouvent que jouer en France une comédie musicale est de l’ordre du possible ?
Ah oui ! On ne sait pas très bien d’où sort cette réputation qu’en France on n’apprécie pas le musical. Quand on propose un spectacle de qualité, il n’y a aucune raison que le public français n’aime pas.
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