interview : Philippe Caubere
Michel Galabru et Philippe Caubère sous le soleil de Pagnol
L’association de ces deux noms sur une affiche de théâtre met le cœur en joie, tant elle semblait improbable. Si, en plus, vous y ajoutez Raimu et Pagnol, votre esprit s’émoustille. Ce n’est plus une galéjade mais un projet plein de soleil.
Propos recueillis par M-Céline Nivière
J’arrive en retard, pour cause de match PSG-OM, c’est dire si on est dans le sujet de l’entretien. Les deux artistes, tout comme les personnages qu’ils vont jouer, sont du Midi et moi de Paris. « Eh oui !, s’exclame Caubère Caubère, laissant sa pointe d’accent se libérer. Avant il y avait une identité marseillaise, maintenant on est dans PSG-OM. » Cette identité, comme il dit, c’était quelque chose. Marseille, qui englobait le sud de la France, ne se cantonnait pas à l’image du vieux port et des cigales, c’était toute une culture. Et qui mieux que Marcel Pagnol Marcel Pagnol et Raimu Raimu l’incarne encore de nos jours ?
Quand on leur demande qui est à l’origine du projet, Caubère s’efface et laisse Galabru Galabru, de sa voix inénarrable, donner l’explication. « Il faut rendre à César ce qui lui appartient ! Et César, c’est Jean-Pierre Bernard Jean-Pierre Bernard, un excellent comédien. Même s’il n’est pas médiatisé, c’est un grand ! » Caubère « surcroit » les paroles de son aîné. Galabru, heureux de cet appui, poursuit. « Par son amour du théâtre, il a poussé cette lecture de la correspondance entre Raimu et Pagnol. Je l’ai faite avec Jean-Claude Carrière Jean-Claude Carrière à Grignan [au Festival de la correspondance, dont le thème de 2008 était le cinéma]. Cela a bien marché. Ils nous ont piqués pour que l’on recommence ailleurs. » En énonçant ces mots, il désigne du doigt Pierre Cordier, l’attaché de presse du festival et du spectacle, présent à notre table. Les projets naissent souvent de la réunion de plusieurs personnes, liées par la beauté qu’il s’en dégage. Galabru, de nouveau. « L’étincelle qui a fait s’enflammer le projet a été de choisir Philippe Caubère. Un vrai coup de fouet. Ce monsieur a joué Molière Molière, Pagnol, ce n’est pas rien… »
Philippe Caubère prend la parole. « Quand Jean-Pierre Bernard m’a proposé ce projet, j’étais en plein “Epilogue" de mon spectacle. J’ai donc refusé, mais ils sont revenus à la charge. Et là, je me suis dit que je ne pouvais pas faire l’impasse sur Galabru et Pagnol. C’est la première fois, depuis vingt-cinq ans, que je remonte sur scène avec un autre acteur, et c’est Michel, cela me fait très plaisir. Doutant de moi, j’ai d’abord demandé à faire une lecture. On s’est franchement amusé. »
De quoi Pagnol et Raimu ont-ils bien pu parler dans ce long échange de lettres ? D’une seule voix, les deux comédiens répondent : « Mais de métier ! » Caubère complète : « N’oublions pas que Raimu était une star. Ils s’engueulaient sérieusement sur des distributions. ils parlent de cinéma et de théâtre... leur vie. C’est passionnant. Et puis aussi d’argent, car sans lui on ne peut rien faire. Ils étaient deux ego qui arrivaient à s’entendre. C’est ça, le théâtre, la réunion de sentiments. » Galabru se souvient. « Quand j’étais petit, on disait que Raimu n’était pas intelligent, mais c’était faux. » Caubère éclate de rire. « Michel a les mêmes côtés. Il joue au “con”, comme Raimu, alors qu’il est très sérieux. Dans la vie, il y a des gens qui disent très sérieusement des bêtises, et d’autres, à l’inverse, expriment des choses très intelligentes dans un style ludique. » Le visage de Galabru s’illumine. « Ils ne pensaient pas faire de la littérature. » Caubère enchaîne : « Non, mais c’est la littérature des princes. » Galabru ponctue : « Et c’est admirablement bien écrit ! »
Tous les deux sont du Sud : l’un de Montpellier, l’autre d’Aix-en-Provence. « L’accent, cela n’est pas si simple, car c’est une identité presque sexuelle. On va le jouer en fonction de ça. Mais il ne faut pas confondre accent et “bouillabaisse”. Et travailler avec un acteur du Sud comme Michel, ce n’est pas rien. C’est une identité. Michel Bouquet Michel Bouquet, c’est le Nord, et Michel Galabru, c’est le Sud. » Galabru renchérit : « C’était toute une culture. Dans l’équipe de Pagnol, certains ne voulaient pas monter à Paris. Ils ne voulaient pas dépasser Montpellier, la frontière ! Ils ne parlaient pas comme les acteurs de la capitale. Il y avait une musique. Pagnol a inventé le cinéma réaliste. » Sur quoi Caubère ajoute : « Jean-CharlesTacchella pense que Pagnol, c’est plus vrai que le vrai, tout en étant poétique. »
Caubère, qui a interprété le père de Pagnol dans les films d’ Yves Robert Yves Robert, se tourne vers Galabru. « Mais toi, tu as joué pour Pagnol dans Les lettres de mon moulin…» « Une phrase à dire, huit jours de tournage, grâce aux vents ! Pagnol m’a proposé La femme du boulanger pour le théâtre. J’ai refusé. » Caubère lui demande pourquoi. « J’ai eu peur. Je lui ai dit, je ne peux pas, vous allez être déçu. » Caubère rit. « Heureusement qu’il y a eu Jérôme [Savary Jérôme [Savary] ! » « Ça a failli ne pas se faire. Je l’avais refusé à Pagnol, je n’allais pas dire oui à Savary. Mais on a dîné ensemble et j’ai cédé. » Une pause, puis Caubère reprend. « Vous savez, ce qui se dégage de ces lettres, c’est qu’ils se parlaient. ». Galabru rebondit sur les paroles de son “collègue”. « Ils avaient besoin l’un de l’autre. Ils le disent : “Je ne peux pas me fâcher avec toi…” » Avec tendresse, Caubère regarde Galabru. « C’est moi qui devrais te dire ça ! »
Jules et Marcel Jules et Marcel, au Théâtre Hébertot Théâtre Hébertot, du mardi au vendredi + dimanche à 19h.
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L'Epilogue À L'Homme Qui Danse
Philippe Caubère continue de tirer sur le fil d'Ariane. Il ajoute la dernière pierre de sa cathédrale théâtrale...
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