A.L.I.C.E

A.L.I.C.E

Théâtre critiques


La critique de la rédaction

Alors que beaucoup de monde, toutes générations confondues, attend la sortie cinématographique du « Alice au pays des merveilles » version Tim Burton, les salles de théâtre parisiennes proposent diverses adaptations pour la scène du fameux roman de Lewis Carroll. Mais « A.L.i.C.E », présenté dans le Studio du Théâtre de Chaillot, n’en est pas une. Enfin, pas une adaptation en bonne et due forme. Car Benoît Bradel, le metteur en scène, a senti que rien ne sert de traduire, il faut trahir. Et il le fait allègrement en allant remplir son imaginaire du côté du cinéma avec Wim Wenders (« Alice dans les villes » ?), de la musique avec les Beatles, de l’animation avec Jan Svankmajer. Il injecte dans son spectacle une bonne dose de chansons (interprétées par les comédiennes), une séquence clownesque tordante, du trapèze acrobatique… Et pourtant son « A.L.i.C.E » est « carrollienne » en diable. Benoît Bradel a réussi à créer un univers totalement en phase avec celui de l’auteur de « A travers le miroir » et à l’opposé de toute imagerie Disney. En misant sur le « nonsense » et l’inversion des lois de la logique, sur un décor géométrique avec damier tournant, sur des images projetées en direct, il crée une forme de psychédélisme à l’anglo-saxonne et de dadaïsme à la française, une sorte de pièce concept audacieuse dans sa bizarrerie. Les trois comédiennes, Fanny Catel, Julie Moreau et Ese Brume, qui endossent à tour de rôle celui d’Alice et des autres personnages (la reine rouge et la reine blanche, Humpty Dumpty, les jumeaux Tweedledee et Tweedledum…) possèdent chacune le coefficient d’étrangeté nécessaire à apporter à cet ovni théâtral, un aplomb et une souplesse de jeu engageants. Bref, cet « A.L.i.C.E » invite à une traversée du miroir déroutante et enchanteresse.

Marie Plantin


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