Compagnie L'A. - Rachid Ouramdane

Compagnie L'A. - Rachid Ouramdane

critiques


La critique de la rédaction

Il y a deux types de « longs » spectacles. Il y a ceux qui durent longtemps, 2, 3 ou 4 heures, et avec option roupillon, 6, 8 ou 12 heures. Et puis il y a ceux que l’on dit « longs » parce que, quelle que soit leur durée, ils se savourent sur la longueur, ne prennent leur sens et leur ampleur que lorsque on les laisse, justement, prendre leur temps. Le spectacle de Rachid Ouramdane, Des témoins ordinaires, appartient clairement à cette deuxième catégorie. Dans Des témoins ordinaires, la longueur à laquelle se frotte Rachid Ouramdane est celle d’une danse hypnotique, entêtante. Une danse qui vous aspire, vous tire à elle. Pas violemment au début. Non, doucement, avec l’assurance de celle qui sait qu’elle finira par vous emporter complètement. Les gestes des danseurs sont tendus parfois, répétés souvent. Ils s’effacent, puis se répètent. Comme autant de tentatives de dire une souffrance, d’expulser de son corps une douleur, de se relever. Repousser les limites du corps, à l’image de cette danseuse qui tourne sur elle-même, dans la lumière, tellement longtemps qu’on pense qu’elle va s’écrouler. Ou de ces danseurs qui tiennent debout sur leurs mains jusqu’à s’effondrer. Repousser les limites du corps comme les faits en question -la torture, les génocides- ont repoussé les limites de ce dont les hommes se croyaient capable. Et se laisser porter, enfoncer, par un bruit sourd, lancinant, qui ne nous à pas quitté depuis les premières minutes du spectacle. Quand ce son s’arrête et que le spectacle se conclut -comme il a commencé, avec les mots, les visages, les voix franches et bien réelles des victimes- on émerge doucement, avec l’étrange sensation de refaire surface. On revient c’est sûr, mais d’où ? La première rencontre avec ses « témoins ordinaires », Rachid Ouramdane l’orchestre sur un terrain connu, celui des mots, de la parole, insuffisants pour eux, mais rassurants pour nous, spectateurs. Puis, subrepticement, sans aucun mot, par le biais des mouvements et des sons, il nous fait glisser au cœur de leur douleur, de leur vaine tentative de dire l’indicible. Une sourde et hypnotique descente au cœur d’un combat intime, aussi acharné que fragile. De la parole à la danse. De la compréhension formelle, nécessaire mais forcément limitée, au ressenti. Et le ressenti justement, c’est ce qui fait toute la puissance d’un témoignage. Et, coup de pot, c’est souvent la même chose pour le théâtre. Doubles applaudissements, émus donc, pour Rachid Ouramdane et ses témoins ordinaires.

Claire Hazan


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Les autres avis de la presse
  • - critiques
    Décidément, le chorégraphe Rachid Ouramdane se cogne à des sujets terribles, durs à incarner sur un plateau. Après avoir évoqué la guerre d'Indochine dans son solo "Loin"... (2008), il s'attaque dans sa nouvelle pièce, "Des témoins ordinaires", à un sujet autrement délicat : la torture. Il faut oser. En s'appuyant sur des récits de témoins, Ouramdane a conçu une bande-son qui croise une dizaine d'histoires racontées par ceux qui les ont vécues. Ce sont leurs voix qui occupent le plateau et font de cette pièce un spectacle plus à écouter qu'à voir. Pourquoi pas ! Sauf qu'on est au théâtre et que le résultat, en dépit de la présence de cinq interprètes, semble limité. Pudeur et respect obligent, lourdeur du sujet sans doute aussi, Ouramdane ne fait pas dans le sensationnel et c'est bien. Un peu court tout de même.
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