Fabrice Luchini, Le Point sur Robert
World critiques
La critique de la rédaction
« Paul Valery, Roland Barthes, Flaubert, Rimbaud, Molière… » est certainement l'un de ses meilleurs spectacles. Ce qui ne veut pas dire que les autres étaient moins bons. Seulement, ici, le comédien et l'homme sont en liberté. Comment ne pas tomber sous le charme de l'artiste qui se dévoile au détour d'un texte, d'une explication, d'une simple digression. Ne vous méprenez pas, il ne raconte pas sa vie, mais les rencontres, les lectures qui l'ont fait homme et artiste. Grand atout du spectacle, la petitesse de la salle. Ainsi la relation est des plus intimes entre l'artiste et les spectateurs, ravis de cette proximité. L'inaccessible devient alors si proche, donc plus authentique. L'artiste qui adore taquiner son public, profite de cette intimité, joue avec. Il prévient, « Je sais, Valery, ce n'est pas facile »… Barthes pas plus ! Et voilà, en plus de nous faire (ré)entendre ces grands auteurs, il nous fait rire avec. Et c'est ce mélange que l'on goûte avec gourmandise !
Marie-Céline Nivière
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- Anne Akrich:
Chaque soir, Fabrice fait « le point sur Robert », devant un public attentif comme à la messe. Tous viennent chercher l’absolution, coupables du péché de bêtise et d’asservissement volontaire. Coupables d’appartenir une époque dont les seuls élus sont les détenteurs du Da Vinci Code. Mais le prêtre Luchini est là pour les réconforter. Les textes de Barthes et Valéry annoncent une rédemption imminente. Ceux de Rimbaud et Molière sonnent déjà comme une libération. Face à la simplification du langage, Luchini appelle à la révolte et trouve un public prêt au soulèvement immédiat. Si vous avez perdu la foi, ce spectacle est l’hostie que vous cherchiez.

- Télérama-Fabienne Pascaudcritiques
Fabrice Luchini accueille convivialement dans son spectacle sonneries de téléphone portable ou toux intempestives : signe qu'on est « ensemble », se réjouit-il. Et on l'est. Le très rare comédien a acquis une telle profondeur de jeu, une telle virtuosité, une telle sérénité aussi qu'il sait embarquer son public dans tous les voyages. Le promène avec gourmandise et émerveillement chez Valéry, Rohmer ou Molière. Vous n'en pouviez plus de ses sempiternelles références à Céline, La Fontaine, Maître Eckart ou Jouvet ? Redécouvrez-le racontant ses entrevues avec Roland Barthes, ses soirées au Palace, irrésistible quand il se déhanche disco, ventre à l'air (bien mieux que Travolta). Comme d'habitude, il drague et provoque le public ; mais avec une générosité, une tendresse nouvelles. Comme si l'âge, la sagesse étaient passés par là, avaient enterré cuistrerie et arrogance pour ne laisser qu'une formidable envie de partage. De théâtre. D'absolue vérité dans l'illusion du plateau. C'est formidable. Luchini est formidable. - Télérama-Sylviane Bernard-Greshcritiques
Il entre en scène dansant avec un pile de livres dans ses bras : Valéry, Barthes, Chrétien de Troyes... D'abord il lit puis dit un beau texte de Valéry, difficile. Il s'interrompt, répète, morigène les retardataires, se met en colère contre ceux qui toussent, provoque, reprend. Ca tousse moins, ça se calme. Comme un dompteur dans une cage aux fauves, Fabrice Luchini va chercher son public, l'excite, l'amadoue, le fait rire. Il jubile. Il commente l'article "Attente" des "Fragments d'un discours amoureux", raconte comment il a rencontré Barthes au collège de France. Son humilité face au penseur, sa joie de l'avoir ému en jouant Perceval dans le film de Rohmer. Il se met à danser comme un fou en évoquant le Palace des années 80, attaque la bêtise, le conformisme ambiants. Il nous balade dans le vertige de ses digressions, puis dans le silence, surgissent comme des joyaux, un texte ou un poème qu'il nous livre en amoureux. -
critiques
Il a la tchache percutante, un charisme bavard de VRP, un mélange de filouterie goguenarde et pas mal de convictions qu'il assène, le tout à l'imparfait du subjonctif entre deux déclamations et une citation. Affamé du verbe, agitateur d'idées, gesticulateur télévisuel, bateleur patenté, Fabrice Luchini agace parfois lorsqu'il se délecte à déployer ses chapelets de mots précieux. Mais voilà : impossible d'oublier qu'il pourrait vendre n'importe quoi, ce sera toujours de l'or de mots. C'est ainsi qu'il s'est forgé un public de mordus. Personnalité hors normes repérée par Rohmer, comédien au talent bluffant, récitant habité, à l'arythmie particulière, il possède une force narrative sans pareille. En ce début 2009, il s'en vient faire le point, distiller des morceaux choisis de ses auteurs de chevet (Valéry, Barthes, Molière, Rimbaud...), raconter ses lectures, ses rencontres. Certains haussent déjà les épaules : encore une affaire de salonnards ? Un spectacle pour happy-few cultivés ? Faux : il est de ceux en France qui appliquent le mieux le manifeste de Jean Vilar : "Du théâtre élitaire pour tous !" Il y a sur cette terre, des comédiens capables de débroussailler les sentiers escarpés de la littérature, de vous ouvrir des portes jusqu'alors fermées à la lecture de certains textes, de traduire au souffle près leurs pleins et leurs déliés. Depuis des années, comme un pêcheur amoureux des truites, Luchini braconne les auditeurs. Et ça mord. Car c'est d'une voix qu'il s'agit : une voix vibrante, intense, infiniment présente, dense et urgente. Ne reste plus qu'à écouter avec délectation et regarder avec plaisir.





