Fabrice Luchini Lit Philippe Muray
Théâtre / Lecture critiques
La critique de la rédaction
« Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous ! » Fabrice Luchini peut déclarer cela à son public de plus en plus fidèle. La raison ? Son talent, indéniablement. Son don de la parole, évidemment. Son esprit pétillant, cela va de soi. Mais les spectateurs viennent aussi pour entendre, parce qu'il les dit divinement, des auteurs. Cette fois-ci, il nous en présente un qui va comme un gant à sa pertinence et à sa sagacité, Philippe Muray. Comme la majorité des personnes dans la salle, je ne connaissais pas cet écrivain décédé en 2006. L'avantage de ce genre de spectacle est de combler cette lacune. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'Anne Muray a demandé à Luchini, pour un soir, de faire entendre l'œuvre de son époux. En lecteur enthousiaste de Muray, il a décidé de prolonger l'aventure. Et comme l'artiste ne ménage jamais sa peine, il y met toute sa passion. Muray est un « phénomène » dans le paysage culturel. Un homme qui dit ce qu'il pense sans tremper sa plume dans l'encre de la bienséance du formatage. Il affirmait se situer « quelque part entre Hegel et Desproges ». Il gratte là où ça demande, la « bouffonnerie irréelle de la nouvelle vie quotidienne ». Le texte sur les « emplois jeunes » est réjouissant, tout comme ceux sur le débat, André Malraux et Louis Jouvet. Dépassant le « c'était mieux avant », il analyse avec un humour féroce le « c'est comme cela maintenant et cela ne va pas s'arranger demain ». Appartenant à cette société, difficile de ne pas se reconnaître dans son poème « Tombeau pour une touriste innocente ». Muray, réac, anarchiste de droite ? Comme si cela pouvait exister… Il serait dommage d'enfermer une pareille réflexion sur notre monde. Pour ne pas isoler cette pensée, Luchini a ajouté du Cioran et du Péguy. Et s'il s'amuse à taquiner le public, c'est par intérêt du genre humain. Il y aura des dates par-ci par-là, jusqu'en juin, peut-être plus. Alors soyez vigilants !
Marie-Céline Nivière
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- Journal du dimanche-Annie Chenieuxcritiques
[...] Plongée dans un bain d’acide, la prose de Muray conserve intacte sa causticité et nul besoin de surligner tel ou tel propos. Il n’y a qu’à énoncer, prendre un peu de recul dans la voix, feindre l’étonnement, la découverte, en faire mousser l’humour. En liberté inconditionnelle, Luchini fait quelques échappées, puise dans Cioran telle ou telle maxime, dont l’économie cinglante tranche avec les démonstrations dissertatives de Murray. Au fil des représentations, on peut compter sur lui pour accueillir d’autres invités, les auteurs en poche ne lui manquent pas.





