Les Oranges
critiques
La critique de la rédaction
Quel texte ! Dans un style poétique, teinté d'un humour d'une grande finesse, Aziz Chouaki est un conteur des temps modernes. Entre rage et amour, désespoir et espérance, il raconte l'Algérie, ce pays « où le sang a une fâcheuse tendance à remplacer le verbe et où sourire devient un acte de courage ». Bien sûr, on songe souvent à Fellag. Rien de plus normal, ils ont trempé leurs plumes dans le même encrier. Chouaki débute son récit sur le balcon de son appartement, regardant au loin la mer et au plus près les enfants jouant au foot. Il décrit sa ville d'Alger, ses habitants… Puis il prend la balle qu'il porte en pendentif et nous explique. En 1830, date de la première expédition française contre l'Algérie, une orange, touchée par cette balle, lui a dit : « Aujourd'hui tu as été désigné par le Royaume des Oranges pour établir la légende de ta race… » Il poursuit : « Je l'ai enterrée là où le premier soldat français avait foulé le sol… Depuis, je marche nu-pieds sur la peau du cercle des ans, tambour des saisons bien chauffé. » La colonisation, la guerre, l'indépendance, le FNL, le Fis, tout défile dans ce grand désordre, dans cette grande douleur historique. Mais il y a aussi, le peuple, tous ces anonymes comme Mouloud, « pure truffe pagnolienne, un Marseillais raté, un Arabe, aussi raté » et les grandes figures comme Albert Camus, enfant de la rue, fils d'Alger. Dirigeant avec une grande précision les deux comédiens, Laurent Hatat a pris à bras-le-corps ce texte si riche, si fort. Azeddine Benamara, à l'origine de ce projet, donne vie à la parole du poète et nous fait voir, au-delà des mots, les images qui peuplent ce récit. Qu'elle chante ou interprète un des personnages de l'histoire, Mounya Boudiaf est une petite vague de respiration dans ce torrent de mots en liberté. Ces deux jeunes acteurs sont talentueux. « Les oranges » d'Aziz Chouaki sont à déguster tant elles sont délicieuses !
Marie-Céline Nivière
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