Nouara Naghouche - Sacrifices

Nouara Naghouche - Sacrifices

One man show critiques

du 08/03/2012 au 08/03/2012

La critique de la rédaction

Retenez bien ce nom, Nouara Naghouche, car on va en entendre parler de cette Alsacienne originaire d’Algérie. Toute ronde, le cheveu court, une silhouette à la Diam’s, c’est une sacrée boule d’énergie. Nouara a emprunté le ton du one-man show pour aborder les souffrances des femmes, des enfants… Le titre de son spectacle, « Sacrifices », en dit long sur son cri du cœur... Nouara est « une fille émotive qui habite un quartier sensible » de Colmar. La violence y est quotidienne, dans les actes, dans les mots. Elle a su regarder ce qu’il y avait de bien caché derrière chaque porte d’appartement. Elle commence avec un texte d’une grande force où un grand frère menace sa sœur parce qu’elle n’a pas été obéissante et qu’elle a refusé l’homme qu’il lui avait choisi. Elle termine par un slam dédié aux femmes. « Il faut que les femmes arrêtent de servir de serpillière aux hommes. » Nous croisons Zoubida, enfermée chez elle, battue, violée… « Il n’y a pas un moment de ma vie que je garderai… » Zoubida qui se demande où est son plaisir dans cette vie. Il y a ses enfants battus, vivant dans la peur. Comment pourront-ils se construire un avenir ? Il y a Marguerite, vivant dans la précarité, violente dans les mots, un brin raciste. Il y a Marie-France, bourgeoise un peu fol dingue, également battue, qui s’est mise au service des autres. Un spectacle remarquable co-écrit et mis en scène par Pierre Guillois, directeur du théâtre du Peuple de Bussang. Par son talent scénique et d’écriture, Nouara Naghouche souligne d’un trait d’esprit ces laissés-pour-compte de la vie. C’est drôle et bouleversant à la fois.

Marie-Céline Nivière


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L'avis de Pariscope
  • :
    Nouara Naghouche est un sacré phénomène en provenance directe d’Alsace. Son nom ne vous dit sûrement rien mais la demoiselle n’en est pas à son premier one woman-show. C’est d’ailleurs son premier solo, "Ça n’arrive qu’aux autres", qui lui a permis d’être repérée et de fil en aiguille lui a ouvert la porte du théâtre du Rond-Point. Voici donc Nouara, sur le plateau de la salle Jean Tardieu, toute en chair chaleureuse, gouaille généreuse et colère tapageuse, crevant la scène de son éventail de personnages aux vies peu enviables. Car si l’on rit de la description pittoresque et hautement colorée de ce quartier marginal de Colmar, on se prend en pleine figure les conditions de vie de ces femmes déracinées, soumises, niées. Algérienne, Nouara sait de quoi et de qui elle parle. Elle parle d’elle, des siens et ce faisant, s’efface pour dire leurs souffrances. Avec violence, avec distance aussi. Car Nouara a l’humour chevillé à sa verve et la rage ancrée dans le ventre. Elle n’a pas laissé la domination masculine, les mailles des traditions, lui clouer le bec, elle n’a pas laissé la haine lui nouer la gorge. C’est sa force. Son créneau, sa place. Elle ne juge pas, ne donne pas de leçons, se garde bien de rejeter sa culture mais elle en dénonce les dérives inadmissibles, sans se brimer, sans arrondir les angles. L’espace du plateau est sa liberté, sa possibilité de révolte, sa rédemption. Alors si son « Sacrifices » mériterait d’être plus resserré pour gagner en impact, on ne peut que saluer cette comédienne aussi à son aise dans le verbe que dans le corps. Elle nous happe et nous embarque, nous ouvre les yeux en même temps qu’elle nous émeut.
Les autres avis de la presse
  • - critiques
    Elle commence par tourner le dos et raconte, dans le noir, sa terrible nuit de noces après un mariage arrangé par son frère. Une mise en route sordide que Nouara Naghouche s'empresse de noyer dans une de ses grandes grimaces dont elle a l'art : parce qu'il n'y a pas mieux que le rire pour renvoyer tous les méchants à leur propre honte. Nourrie de son parcours familial et social dans une cité de Colmar, cette trentenaire qui s'autoestampille AA (Alsacienne-Algérienne) dépeint le quotidien des femmes jeunes ou vieilles à qui certains "mâles" organisent parfois la pire des existences. Ainsi cette Zoubeida, qu'on imagine être sa mère, bouclée entre ses quatre murs au prétexte de la religion, forcée de trouver son oxygène dans les chansons d'amour de la radio ou l'unique sortie hebdomadaire au supermarché. Nouara Naghouche a forgé son style sur le tas, de pratiques amateurs en rencontres professionnelles fondatrices -comme celle avec Pierre Guillois, l'actuel directeur du Théâtre de Bussang - , mais déploie sur scène une époustouflante puissance d'évocation... Du jeune maladroit à la recherche d'un boulot à la voisine raciste (avec accent alsacien bien frappé), en passant par la militante associative trop sûre d'elle, c'est tout un quartier "difficile" qu'elle recrée par petites touches bien senties. Avec sa violence, ses trafics et sa vie sociale malgré tout. Nouara a le courage de parler franc, mais ne se moque jamais. Mieux, sa dénonciation radicale des sévices faits aux femmes laisse une chance aux hommes qu'elle stigmatise. Elle semble accomplir dans la vie comme sur scène un sacré parcours.
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