Vous Plaisantez, Monsieur Tanner
critiques
La critique de la rédaction
« Vous plaisantez, Monsieur Tanner ». Vous êtes nombreux à avoir lu ce livre de Jean-Paul Dubois. Pour ceux qui sont passés à côté, et j’en fais partie, rappelons en quelques lignes le sujet. Un homme accepte en héritage la maison de son enfance. Or il s’avère qu’elle est devenue une vraie ruine. « Monsieur Tanner, on ne restaure pas Chenonceau avec un Plan d’épargne logement. » A partir de là, il entre dans la grande famille des gens qui doivent faire appel aux différents corps de métier du bâtiment. Il commence par des bras cassés, non conventionnés, pour terminer avec des bras dépassés mais sous contrat. Chacun, distinguant ses propres déboires de travaux, laisse éclater un rire vengeur. La version théâtrale de ce roman est une réussite. David Teysseyre, qui signe l’adaptation et la mise en scène, a centré le propos sur la folie qui gagne le personnage. Habité par son obsession, les travaux, Tanner se retrouve englué dans un monde qui lui échappe. Tous les artisans de la région semblent s’être donné le mot pour lui rendre la vie impossible… Le dispositif scénique imaginé par David Teysseyre est formidable. Une planche, des échafaudages, la maison apparaît tel un radeau, sur lequel le personnage part à la dérive. Roch-Antoine Albaladéjo réalise une belle performance en jouant tous les personnages. Son interprétation, limpide, nuancée, est d’une grande qualité.
Marie-Céline Nivière
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- Télérama-Sylviane Bernard-Greshcritiques
Un homme hérite d'une maison et le cauchemar commence : il s'agit d'entreprendre des travaux de rénovation. Couvreurs, maçons, plombiers, électriciens, peintres... tous les corps de métier sont convoqués, défilent ou se défilent, et tout prend des allures d'apocalypse quand survient une tempête. L'humour du romancier Jean-Paul Dubois passe essentiellement ici par une scénographie réussie, faite de bric et de broc, avec tuyaux, poutres et WC en suspension. Un vrai chantier-champ de bataille où se débat l'"heureux" héritier en héros, Monsieur Tanner. Le comédien Roch-Antoine Albaladejo joue plutôt bien tous les rôles : le narrateur, le notaire et les différents ouvriers. Il en adopte les différents accents venus d'Afrique ou d'Europe de l'Est. La déclinaison des divers travaux, pourtant, devient lassante et le récit des déboires du propriétaire, assez vain. Il y faudrait une folie qui manque, pour nous sortir de situations somme toute banales. - Terrasse-Agnès Santicritiques
Pauvre Monsieur Tanner, qui hérite d’une vaste maison à retaper, vend son pavillon douillet, oublie quasiment sa femme et se laisse aspirer par les travaux en cours jusqu’à noyer sa vie sous d’insolubles problèmes de tuyauterie, électricité, toiture et autres réparations. Il se laisse embarquer dans ce “paquebot de soucis“ au fil d’un voyage qui n’avance pas, d’un dédale labyrinthique aussi affreusement exigeant qu’angoissant. Car il s’agit d’un monde qu’il ne maîtrise pas, où il manque toujours quelque chose, un monde en forme de chantier infernal et infini qui tue la raison, le désir, et dilapide ses économies. Ce chantier n’évoque pas une errance existentielle ou kafkaïenne mais se vit en tant qu’expérience totalement concrète, traitée sur le mode d’un humour bon enfant au fil d’une galerie de portraits pittoresques, entre couvreurs menteurs et électriciens illuminés. Le ton est léger, divertissant et cocasse, et le spectacle vaut moins par la finesse et les nuances des portraits que par la prestation du comédien Roch-Antoine Albaladejo, qui interprète sans faillir et avec vivacité tous les rôles, entre abattement et folie, et par une mise en scène et une scénographie réglées au millimètre, en parfaite adéquation avec l’univers mental de monsieur Tanner. Le metteur en scène David Teysseyre, qui confie avoir passé une année sabbatique destinée à la restauration de sa maison, s’est trouvé des affinités avec “le héros“ de l’histoire et avec l’écriture, qu’il adapte en créant une montée dramatique qui révèle un homme de plus en plus fragile, et un entourage toujours surprenant et déstabilisant. Surtout, la mise en scène prend sens grâce à une scénographie particulièrement réussie et astucieuse, signée aussi David Teysseyre, représentant un chantier à l’absurdité surréaliste, « radeau branlant » instable entre « compression de César et mobile de Calder », reflet métaphorique de l’état mental désastreux de Monsieur Tanner, ainsi définitivement rangé dans la case des Don Quichotte acharnés et mal armés contre le monde. Il se bat et se débat maladroitement contre des problèmes techniques et une foule de gens le plus souvent incompétents, sans maîtriser aucun rouage, ce qui déclenche… sourire ou rire. A voir comme un divertissement plutôt réjouissant.





