La Nuit du chasseur
Universal / United Artists

Nos propositions de casting pour ce projet sacrilège.

Beaucoup de cinéphiles se sont étranglés d’indignation en apprenant cette semaine qu’un projet de remake de La Nuit du Chasseur était dans les tuyaux chez Universal. C’est vrai, ça, quelle idée de vouloir tourner une nouvelle version du chef-d’œuvre de Charles Laughton, l’un des films les plus singuliers de l’histoire du cinéma ? Et pourquoi pas des remakes de La Dolce Vita et 2001, l’Odyssée de l’espace, tant qu’on y est ? L’idée est un peu sacrilège, c’est vrai, mais après tout, Psychose et M le Maudit ont été remakés sans que leur prestige ne soit entamé. Et on peut aussi se rassurer en constatant sur IMDb que La Nuit du Chasseur a en réalité déjà eu droit à un premier remake (en 1991, à la télé, sous le titre Le Missionnaire du mal), avec Richard Chamberlain dans le costume du révérend Harry Powell, le prédicateur taré tueur de veuves et chasseur d’orphelins. Plutôt que d’initier une pétition contre ce projet, on a donc préféré imaginer quels acteurs contemporains auraient la carrure (et le cran) pour prendre la succession de Robert Mitchum. Et quels cinéastes pourraient les filmer. Notre top 10 :

Benicio Del Toro
C’est en général le premier nom qui vient à l’esprit quand on parle de l’héritage contemporain de Mitchum : Benicio Del Toro est non seulement l’un des plus grands fans au monde de l’acteur, mais c’est aussi celui qui a le mieux retenu ses leçons de coolitude : la démarche féline, la violence rentrée prête à exploser, les yeux mi-clos suintant le stupre et le danger… Le choix de casting le plus évident.
Derrière la caméra : Mike Flanagan. Et si, après avoir signé la suite de Shining, le réalisateur de The Haunting of Hill House s’attaquait à La Nuit du Chasseur ? Comme il s’agit d’un projet Universal, on pourrait imaginer que ce remake joue la carte de l'horreur et se rattache au bestiaire maison, au sein d'un nouvel univers partagé façon "Dark Universe". Le révérend Powell affrontant Dracula et l’homme-invisible ? De quoi venger Benicio de l’échec de son cher Wolfman de 2010.

Benicio Del Toro
Metropolitan Filmexport

Matthew McConaughey
Violence sudiste ? Folie furieuse ? Perf’ hallucinée ? Appelez McConaughey ! Le "bouddha redneck" serait forcément irrésistible en outlaw bonimenteur. D’autant plus que ce film, il l’a déjà (un peu) fait : c’était Mud, de Jeff Nichols, déjà une histoire de deux gamins rêveurs vivant près d’un fleuve et croisant la route d’un hors-la-loi à la stature mythologique…
Derrière la caméra : Harmony Korine. Le réalisateur de Spring Breakers retrouverait McConaughey après leur très gonzo The Beach Bum et renouerait avec la veine indie de ses débuts (l’époque Gummo / Julien Donkey-Boy) pour souligner toute la poésie white-trash et enfantine de l'histoire inventée par Davis Grubb.

Mud
Ad Vitam

Michael Shannon
Dans les années 80-90, c’est Jack Nicholson qu’on aurait immédiatement contacté pour prendre le relais de Mitchum. Et l’héritier le plus évident de Nicholson aujourd’hui, dans le registre du « wacko » charismatique aux idées noires, c’est Michael Shannon, incarnation absolue de la face la plus timbrée du puritanisme américain.
Derrière la caméra : Terrence Malick. Vu que le pygmalion de Michael Shannon, Jeff Nichols, a déjà fait Mud, autant appeler le boss Malick en personne – son premier film, La Balade Sauvage, était plein d’échos à La Nuit du Chasseur. Le tournage sera forcément un peu long, mais la descente du fleuve par les deux orphelins épiés par les animaux sauvages s’annonce sublime.

Michael Shannon
HBO

Leonardo DiCaprio
Il joue souvent des types peu sympathiques, mais rarement de vrais méchants. Sa prestation vociférante en Calvin Candie dans Django Unchained a pourtant démontré qu’il adorait ça. Il y a un Jack Nicholson qui sommeille en DiCaprio. Et il est temps de le réveiller.
Derrière la caméra : Martin Scorsese. La violence, le dévoiement de la foi, l’Amérique et ses démons… Il y a beaucoup d’éléments dans cette histoire susceptibles d’intéresser Scorsese. D’autant que celui-ci a déjà remaké un film avec Mitchum (Les Nerfs à Vif). Leonardo DiCaprio pourrait donc imiter Robert De Niro imitant Robert Mitchum… Très méta.

Django Unchained
Sony

Johnny Depp
Tim Burton n’aurait sans doute pas été le même réalisateur sans La Nuit du Chasseur – les visions gothiques et féériques de Charles Laughton ont infusé toute sa filmo. Et Johnny Depp, bien sûr, n’aurait pas été le même acteur sans Tim Burton… Il emmènerait le rôle d’Harry Powell vers le burlesque cintré, la pantomime morbide. Une étape logique quand on a déjà joué Willie Wonka et John Dillinger.
Derrière la caméra : Tim Burton, forcément. Pour un film dans la veine sanglante de Sweeney Todd. Et pourquoi pas en noir et blanc, tiens, comme au temps d’Ed Wood ?

Sweeney Todd
Warner

Joaquin Phoenix
Le film parfait pour enchaîner après Joker. Un nouveau rôle de croquemitaine légendaire, taillé pour les ambitions néo-expressionnistes de l’acteur. Joaquin Phoenix a réussi à passer après Heath Ledger, il peut bien passer après Mitchum.  On l’entend d’ici appeler les enfants, chapeau noir sur la tête et couteau à la main : « Children ? Childreeeeeen !!! »
Derrière la caméra : James Mangold. Fan de cinéma classique, rodé à l’art du remake fifties (3h10 pour Yuma) et auteur d’un grand Phoenix-movie (Walk the Line), Mangold semble être l’homme de la situation. Le résultat sera peut-être un peu sage, mais garant d’une grande perf’ d’acteur.

The Immigrant
Wild Bunch Distribution

Ryan Gosling
A priori, il n’est pas le plus effrayant des acteurs américains sur le marché, mais Gosling excelle pourtant dans les compositions de chats sauvages prêts à bondir et vous lacérer le visage (Drive, Only God Forgives, The Place Beyond the Pines…). Surtout, le film qu’il a réalisé, Lost River, témoignait de son goût pour l’imagerie gothique et de son envie de décrire de façon fantasmagorique le nouveau visage du quart monde US.
Derrière la caméra : Jacques Audiard. Le Français fait partie de la longue lignée des cinéastes traumatisés par La Nuit du Chasseur (son goût pour les ouvertures et fermetures à l’iris) et a prouvé qu’il savait diriger des acteurs américains dans Les Frères Sisters. Cerise sur le gâteau : Gosling pourrait reformer son groupe Dead Man’s Bones pour composer une super BO aux envoûtantes sonorités macabres.

Only God Forgives
Wild Side Films/Le Pacte

Miles Teller
L’acteur dont le nom revient le plus souvent dans les micros-trottoirs quand on demande qui pourrait interpréter Robert Mitchum dans un biopic de l’acteur. Il a la gueule, il a l’attitude. Depuis Whiplash, il attend le grand rôle qui le mettrait définitivement en orbite. Et si c’était celui-ci ?
Derrière la caméra : Francis Ford Coppola. Toujours excité à l’idée de diriger des jeunes acteurs en devenir (du Pacino du Parrain à l’Alden Ehrenreich de Tetro en passant par le cast d’Outsiders), le maestro pourrait sortir de sa retraite pour renouer avec sa veine horrifique, celle de Twixt et Dracula.

Too old to die young
Amazon

Vince Vaughn
Séduisant et inquiétant à la fois, sympathique et intimidant, affable et flippant… Vince Vaughn marie les contraires comme personne. Sa carrière aussi, passée sans crier gare de la comédie au déchaînement d’ultra-violence (sous les auspices de Mel Gibson et S. Craig Zahler). En plus, Vaughn a déjà repris le rôle de Norman Bates dans le remake de Psychose, alors ce n’est pas La Nuit du Chasseur qui va lui faire peur.
Derrière la caméra : S. Craig Zahler, qui a déjà montré le côté le plus brutal de Vaughn dans Section 99. Non, sa version de La Nuit du Chasseur ne sera pas pour tout le monde. Et oui, elle sortira sans doute directement en vidéo en France.

Section 99
Universal

Nicolas Cage
Impossible d’achever ce tour d’horizon des grands cinglés du cinéma américain sans mentionner leur chef de file, leur maître à tous, le lider maximo des dingos, Nic Cage en personne, l’homme dont toutes les prestations ressemblent à des variations, plus ou moins rock’n roll, plus ou moins démoniaques, sur Harry Powell. Qui mieux que l’homme de Volte/Face pour rejouer le combat de l’amour contre la haine – Love/Hate ?
Derrière la caméra : David Lynch, autre cinéaste marqué à jamais par le mélange génial de surréalisme et d’americana inventé par Charles Laughton, et qui fêterait ainsi ses retrouvailles avec son acteur de Sailor et Lula, dans un grand trip cauchemardesque plein de distorsions sonores et visuelles. Ça promet.

Joe
Wild Side Films/Le Pacte

Et aussi, pourquoi pas : Casey Affleck dirigé par David Lowery, Sam Rockwell dirigé par Clint Eastwood, John Hawkes dirigé par Debra Granik, Javier Bardem dirigé par les frères Coen, Adam Driver dirigé par Jim Jarmusch, Ben Mendelsohn dirigé par Andrew Dominik…