Le Voleur de Louis Malle (1966)
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Alors qu’A bout de souffle, Le Magnifique ou Itinéraire d’un enfant gâté trustent les antennes, il est bon de s’engouffrer dans les interstices de la filmo de l’acteur où se nichent des pépites oubliées.

A double tour de Claude Chabrol (1959)

A bout de souffle de Godard est considéré à tort comme le film qui lança la Nouvelle Vague. En réalité les feux de la rampe étaient déjà bien allumés depuis quelques mois par les amis des Cahiers du Cinéma, François Truffaut (Les Quatre-Cent Coups) et Claude Chabrol (Le Beau Serge, A double tour . Ce A double tour débarque sur les écrans en décembre 1959 et place pour la première fois en vedette, Jean-Paul Belmondo fraîchement émoulu du Conservatoire. Le jeune homme excelle dans la peau d’un loulou qui sème la zizanie dans une famille bourgeoise du Sud de la France. Ce film adapté d’un polar américain de Stanley Ellin contient en germe tous les thèmes chabroliens où la noirceur des apparences n’est rien comparé à ce qui se passe à l’intérieur même des êtres. Belmondo, lui n’en a cure et s’amuse. Il est amusant de noter que l’un des assistants de Claude Chabrol sur ce film  est Philippe de Broca, qui transformera bientôt Belmondo en Bébel avec Cartouche, Les tribulations d’un chinois en Chine, ou encore Le magnifique.


Peau de banane de Marcel Ophüls (1963)

C’est la deuxième fois que le couple Jeanne Moreau- Jean-Paul Belmondo est réuni à l’écran après Moderato Cantabile de Peter Brook (1960), une adaptation de Duras que le comédien avait moyennement goûté. Le ton se veut plus léger ici. Marcel Ophüls fils du grand Max, n’est pas encore le réalisateur du documentaire devenu un classique, Le Chagrin et la Pitié (1969). Peau de banane est son premier long-métrage de fiction. C’est Claude Sautet qui est au scénario adaptant un roman de l’américain Charles Williams. Le film mené comme une comédie loufoque est une succession de quiproquo et de méprises au-dessus desquels plane un couple de « gentils » truands (Moreau-Bébel of course). Dire que Peau de banane où l'on trouve aussi les copains de Belmondo : Claude Brasseur et Jean-Pierre Marielle, est un chef-d’œuvre oublié serait mentir, il n’empêche que cette comédie curieuse distille un charme volontiers désinvolte qui sied parfaitement à la futur grande star du cinéma français.


Retour sur Le Doulos, sommet de la carrière de Belmondo

Le Voleur de Louis Malle (1967)

C’est l’un des joyaux méconnus de la carrière de Belmondo. Nous sommes à la fin des sixties et bientôt Belmondo en plein surmoi sera l’auteur de ses propres films et laissera de côté les cinéastes qui se piquent un peu trop de l’être aussi. Le Voleur de Louis Malle raconte le parcours chaotique d’un homme à la toute fin du XIXe siècle. Georges Randal, c’est son nom, va voir son destin marqué par une trahison familiale qui pousse ce riche héritier à devenir un truand de haut vol. Voilà ce que nous disait à son sujet Jean-Claude Carrière, co-scénariste du film, peu avant sa mort : « L'attitude du personnage principal est étrange. Il se révolte en se volant lui-même. C'est un suicide moral. Le film doit beaucoup au livre de Georges Darien dont est inspiré le film avec ce ton anarchiste. Pour incarner ce Voleur, Jean-Paul Belmondo s'est vite imposé. Il en avait la flamboyance et l’amour du risque... A la fin de la première projection privée Alain Delon est même venu me voir : 'Quel beau rôle !' »



Ho ! de Robert Enrico (1968)

Belmondo et le cinéaste Robert Enrico ne semblent s’être jamais vraiment entendus sur le profil du protagoniste que le comédien incarne ici, François Holin dit « Ho! ». Là où Jean-Paul Belmondo voyait dans ce petit truand à priori sans envergure, un homme soucieux de montrer qu’il existe revendiquant par tous les moyens son efficacité, le cinéaste tentait lui, d’explorer les failles d’un personnage sombre et froid, renfermé sur lui-même. A l’écran, cette dualité s’exprime notamment dans la façon dont la mise en scène ne cherche jamais à mettre en valeur un héros qui se démène comme un beau diable pour apparaître à son avantage. Il en résulte un film certes bancal mais ambigu et sec. C’est la première collaboration entre Jean-Paul Belmondo et le grand artificier des cascades au cinéma Rémy Julienne. Les deux hommes formeront bientôt un duo culte.


Stavisky d’Alain Resnais (1974)

En 1968, l’échec de Je t’aime Je t’aime, film s.f inspiré de La Jetée de son ami Chris Marker, affecte Alain Resnais. Le cinéaste tente l’aventure américaine pour se refaire. En vain. Le producteur Gérard Lebovici grand admirateur de l’auteur de L’année dernière à Marienbad joue alors les mécènes pour maintenir le cinéaste à flot. C’est de ce contexte morose que surgit Stavisky, gangster magnifique dans la France des années 30.  Jorge Semprun lui a glissé l’idée. Lebovici est partant et Belmondo se voit déjà dans la peau du héros. Belmondo a la tête de sa propre société de production tient les rênes du film. L’entente entre l’acteur et le cinéaste sera parfaite. Renais renait. Belmondo lui se « paye » l’un des auteurs les plus singuliers du cinéma français.


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