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Officiellement, Cannes 2011 ne commence que demain. Officieusement tout le monde bosse déjà. Les projos ont débuté, les interviews aussi et les journalistes y vont déjà de leur questions cannoises essentielles ("on peut le croiser où De Niro ?", "Y a pas de fête Wild Bunch cette année ?",  "c'est open bar le corner Premiere.fr ?"). Bref, nous sommes la veille de l'ouverture, mais en fait tout a commencé - preuve qu'on est vraiment passé dans un espace temps différent.Chaque premier jour cannois est en plus identique. Une course perpétuelle qui, rituel de mai, reprend chaque année le même chemin. En gros : à peine descendu du train, le journaliste court de la gare à l'appartement. Puis de l'appart’ fonce à la salle des commandes (la batcave de Nice Matin). De la salle des commandes direction l'espace accréditation pour, enfin, se poser : enchaîner sa première interview - au Majestic.En l'occurrence, avec un trio de Belge bien cintré : Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy. Ces trois clowns, dignes héritiers de Tati ou Pierre Etaix, présenteront La Fée en ouverture de la Quinzaine jeudi soir. L’histoire d’une fée qui tombe amoureuse d’un gardien de nuit. Pas de parole (ou très peu) dans cette fable belge tordue avec ses plans fixes soigneusement dessinés, à l'intérieur desquels des individus ordinaires se prennent les pieds dans le tapis du quotidien. Le trio impose son amateurisme libérateur, son dérèglement du réel et fait souffler un vent de poésie sur ce début de festival. Au début du film un plan séquence magnifique suit un type à vélo qui roule sous la pluie battante du Havre. Le vélo déraille. Le type remet la chaîne, repart, avant de dérailler de nouveau. Il finira à pied, le vélo sur l’épaule et la flotte sur la gueule. Une belle allégorie de leur cinéma (y aller coûte que coûte, contre vents, marées, déraillements et frilosité des producteurs) et une belle image pour ouvrir ce festival qui vient de se placer sous le signe de la résistance. Un peu plus tard. Kung Fu Panda 2 déçoit. Le film est étourdissant par sa maîtrise formelle (on n’a jamais vu de 3D comme ça ! JAMAIS et la fluidité des séquences d'action est bluffante), mais Dreamworks a laissé au vestiaire la poésie et la force narrative du premier opus. Les gags gras du bide viennent tuer chaque instant d'émotion et l'histoire n'a ni queue ni tête. Ici, tout se résume finalement à la technique et à la maîtrise du virtuel. Rien ne dépasse et tout est pro. Exactement le contraire de ce que professait quelques heures plus tôt nos trois belges !GG